À peine avait-il parié, que la poitrine se gonfla par une aspiration violente, les membres se contractèrent, le corps se dressa et l'on entendit un cri de:

— Vive l'empereur!

Mais comme si un tel effort avait épuisé son énergie, le colonel
Fougas retomba sur le canapé en murmurant d'une voix éteinte:

— Où suis-je? Garçon! l'annuaire!

XI — Où le colonel Fougas apprend quelques nouvelles qui paraîtront anciennes à mes lecteurs.

Parmi les personnes présentes à cette scène, il n'y en avait pas une seule qui eût vu des résurrections. Je vous laisse à penser la surprise et la joie qui éclatèrent dans le laboratoire. Une triple salve d'applaudissements mêlés de cris, salua le triomphe du docteur Nibor. La foule, entassée dans le salon, dans les couloirs, dans la cour et jusque dans la rue, comprit à ce signal que le miracle était accompli. Rien ne put la retenir, elle enfonça les portes, surmonta les obstacles, culbuta tous les sages qui voulaient l'arrêter, et vint enfin déborder dans le cabinet de physique.

— Messieurs! criait Mr Nibor, vous voulez donc le tuer!

Mais on le laissait dire. La plus féroce de toutes les passions, la curiosité, poussait la foule en avant; chacun voulait voir au risque d'écraser les autres. Mr Nibor tomba, Mr Renault et son fils, en essayant de le secourir, furent abattus sur son corps; Mme Renault fut renversée à son tour aux genoux du colonel et se mit à crier du haut de sa tête.

— Sacrebleu! dit Fougas en se dressant comme par ressort, ces gredins-là vont nous étouffer, si on ne les assomme!

Son attitude, l'éclat de ses yeux, et surtout le prestige du merveilleux, firent un vide autour de lui. On aurait dit que les murs s'étaient éloignés, ou que les spectateurs étaient rentrés les uns dans les autres.