Là-dessus, comme on arrivait à la gare de Melun il ouvrit la portière et s'élança dans un autre compartiment. Il s'y trouva seul devant deux jeunes messieurs qui n'avaient point des physionomies anglaises, et qui parlaient français avec le plus pur accent tourangeau. L'un et l'autre portaient leurs armoiries au petit doigt, afin que personne n'ignorât leur qualité de gentilshommes. Fougas était trop plébéien pour goûter beaucoup la noblesse; mais, au sortir d'un compartiment peuplé d'insulaires, il fut heureux de rencontrer deux Français.

— Amis, dit-il en se penchant vers eux avec un sourire cordial, nous sommes enfants de la même mère. Salut à vous; votre aspect me retrempe!

Les deux jeunes gens ouvrirent de grands yeux, s'inclinèrent à demi et se renfermèrent dans leur conversation, sans répondre autrement aux avances de Fougas.

— Ainsi donc, mon cher Astophe, disait l'un, tu as vu le roi à
Froshdorf?

— Oui, mon bon Améric; et il m'a reçu avec la grâce la plus touchante. «Vicomte, m'a-t-il dit, vous êtes d'un sang connu pour sa fidélité. Nous nous souviendrons de vous le jour où Dieu nous rétablira sur le trône de nos ancêtres. Dites à notre brave noblesse de Touraine que nous nous recommandons à ses prières et que nous ne l'oublions jamais dans les nôtres.»

— Pitt et Cobourg! murmura Fougas entre ses dents. Voilà deux petits gaillards qui conspirent avec l'armée de Condé! Mais, patience!

Il serra les poings et prêta l'oreille.

— Il ne t'a rien dit de la politique?

— Quelques mots en l'air. Entre nous, je ne crois pas qu'il s'en occupe beaucoup; il attend les événements.

— Il n'attendra plus bien longtemps.