« Monsieur, reprit M. de Villé d'une voix grave, la justice comprend tout ce qu'il y a de douloureux dans l'évocation de certains souvenirs ; mais l'intérêt social parle plus haut que la nature elle-même, et vous avez le sens trop net pour ignorer ce que nous devons l'un et l'autre à la loi.
— La loi? la loi? c'est juste. Eh bien! qu'est-ce qu'il y a pour son service?
— Vous pouvez, vous devez renseigner la justice sur le fait déplorable dont il s'agit.
— Je m'y refuse formellement, monsieur. Renseigner, c'est dénoncer ; je suis trop vieux et surtout trop près de ma fin pour apprendre ce métier-là.
— Il y a plus d'honneur que de honte à s'accuser soi-même.
— Et de quoi m'accuserais-je donc, jour de Dieu?
— Mais d'avoir, avec connaissance de cause, aidé et assisté l'auteur de l'action dans les faits qui l'ont préparée, facilitée et consommée, ce qui entraîne la complicité et vous rend passible des mêmes peines que l'auteur principal du meurtre, aux termes des articles 59, 60, 61 et 62 du code pénal.
— Moi! complice du meurtre de Lysis! Tenez, monsieur, votre code pénal me ferait presque rire, si le rire était encore dans mes moyens.
— Calmez-vous! je sais, je comprends. Le ministère public, s'il est forcé de vous mettre en cause, fera la part des circonstances. Enfin il y a un coupable, et vous le connaissez… comme nous.
— Coupable? non. De quoi? d'avoir cherché la réparation d'une injure que ni vous ni moi n'aurions… L'auriez-vous supportée, monsieur de Villé?