— L'italien du Tasse peut-être, mais là-bas ils parlent un patois mélangé d'espagnol.

— Qu'à cela ne tienne! je sais l'espagnol aussi.

— Je vous l'avais bien dit, mon oncle : il sait tout!

— L'agriculture aussi peut-être?

— En pratique? non, monsieur, mais je la connais un peu théoriquement, comme autrefois la filature.

— Peste! cela serait trop beau… Et vous auriez la fantaisie de remplacer mon intendant?

— J'aimerais mieux vous servir de métayer, si vous n'aviez pas peur de me prendre à l'essai.

— Puisque vous savez tout, mon pauvre enfant, vous devez savoir que je vous estime autant que je vous aime. Allez-vous-en à Castelmonte, c'est le nom de ma bicoque ; voyez ce qu'on en peut tirer, et adressez-moi vos conditions par la poste : elles sont acceptées dès aujourd'hui. S'il y a quelques avances à faire, dites-le : vous avez tellement arrondi ma fortune que j'aurais mauvaise grâce à compter avec vous.

— Mon cher oncle, interrompit Charles Fusti, je ne suis qu'un pauvre commis principal, mais je parie ce que vous voudrez qu'à Castelmonte il vous ruinera de la même façon qu'aux Trois-Croix! »

A quinze jours de là, le paquebot des messageries débarqua sur le quai de Naples une famille française que personne n'attendait, que personne ne reconnut, que les oisifs du port remarquèrent fort peu malgré les grâces vaporeuses de la mère et la beauté vraiment rare des trois enfants. Le père était un homme d'environ trente-cinq ans, svelte et droit, d'une physionomie intelligente et résolue, mais il avait les cheveux presque tout blancs ; ses six dernières années comptaient double.