— Dis-le donc tout de suite!

— Tu m'en défies?

— Oui!

— Eh bien! tu es un pélican. Voilà!

— Et en quoi suis-je un pélican, mon bonhomme.

— En ce que tu ne manges jamais rien de bon. Tu as peur qu'il n'en reste pas assez pour nous. C'est pourquoi je te compare à l'oiseau qui s'ouvre le ventre pour nourrir ses petits enfants.

— Léon! dit Mme Gautripon, vous êtes ridicule.

— Moi aussi, maman, dit la petite Émilie avec une adorable candeur. Quand Léon a parlé du pélican, j'ai pensé tout de suite : Oh! c'est bien papa! »

Jean-Pierre grignotait son pain comme à l'ordinaire ; mais, si quelqu'un l'avait surveillé d'un peu près, on eût probablement remarqué que du revers de la main il s'essuyait le coin de l'œil.

Bréchot, lorsqu'il entra, portait comme un nuage autour du front. Il serra la main de son ami, s'inclina poliment devant madame et se laissa embrasser par les enfants. Le maître d'hôtel s'empressa de le servir, mais personne ne demanda ce qui le rendait maussade. Ce joyeux compagnon avait la matinée souvent mélancolique. Mme Gautripon lui adaptait à ce propos un vieux dicton bien connu :