Tout en faisant ces réflexions, il endossait une jaquette de taffetas gris-perle, ouatée et piquée comme la robe de chambre d'une petite-maîtresse. Lorsqu'il fut présentable, il passa dans son boudoir, où deux robustes gaillards boutonnés jusqu'au menton l'attendaient debout, devant le guéridon servi et intact. A leur moustache, au nœud tout fait de leur cravate, à leurs gants noirs, à la solidité de leur chaussure, à la largeur du ruban neuf qui décorait leur redingote, le marquis devina deux sous-officiers en retraite. C'étaient d'ailleurs deux beaux hommes et deux honnêtes figures.
« Mille pardons! messieurs, dit le marquis.
— Il n'y a pas d'offense, répondit l'un.
— Parfaitement, ajouta l'autre.
— Veuillez donc vous asseoir, je vous en prie.
— Nous ne sommes pas fatigués, dit le premier ambassadeur.
— Parfaitement, dit le deuxième. »
Toutefois le jeune homme insista si poliment que l'orateur de cette étrange députation finit par prendre place au bord d'un siége et que l'autre en fit autant, « ne voulant pas désobliger monsieur le marquis. »
Mais quand le maître du logis fit le geste de leur offrir des cigares, ils reculèrent avec une sorte d'effroi. Ce fut bien pis lorsqu'il les pria d'accepter une larme de son vieux vin de Xérès. Le premier témoin, M. Rastoul, rougit comme si cette politesse eût été une injure personnelle.
« Faites excuse! dit-il ; ce n'est pas pour trinquer que nous sommes ici, c'est pour vous proposer la botte. »