Io ti voglio ben assai,
Ma tu non pensi a me!
et il lança en s'éloignant un soupir grave et puissant qui semblait sortir du fond de son cœur. Peut-être, s'il avait osé me déclarer sa passion, aurais-je su y résister et la combattre par le dédain ; mais cette extrême timidité, si rare chez un homme, me subjugua.
— Mais, ce soir, qu'a-t-il fait? qu'a-t-il dit? Il s'est donc trahi?
— Mon Dieu! non. Ce soir, Pippo m'a demandé cette fleur que j'avais à mon corsage ; je la lui ai donnée. Après la contredanse, Lello a entraîné son ami dans le jardin, et, lorsqu'ils sont rentrés, Pippo n'avait plus la fleur à sa boutonnière. Je devinai le chemin qu'elle avait pris, mais j'eus l'air de ne rien savoir, et je demandai à Pippo ce qu'il en avait fait ; il me répondit : « Lello m'a tant prié de la lui donner, qu'il a bien fallu en faire le sacrifice. » Je feignis d'être piquée, mais j'aurais voulu sauter au cou de ce bon Pippo. Malheureusement on les avait suivis au jardin, on les avait écoutés, on a parlé, et voilà comment vous avez tout appris.
— Mieux vaut tard que jamais, ajouta la comtesse, trop heureuse pour formuler un reproche. Maintenant, terrible enfant, écoute-moi. Tu aimes. Si nous t'abandonnons à tes inspirations, cet amour ne te donnera que des chagrins : j'en attends quelque chose de mieux. Me promets-tu de suivre mes conseils et ceux de ton père?
— Oui, ma mère.
— Si Lello t'écrit, tu nous montreras ses lettres?
— Oui, ma bonne mère.
— Tu ne lui répondras rien sans nous consulter?