[1] La Propriété littéraire et artistique, numéro du 16 mai, article de M. Guiffrey.

« Ce recueil forme un volume in-8o de 316 pages imprimé chez Béthune et Plon, publié chez Daguin frères, sous ce titre : Vittoria Feraldi, istoria del secolo XIX… » et plus loin : « Le volume dont je me suis servi a été découvert à Paris par M. Leclère fils, commissionnaire en livres, boulevard Saint-Martin, en face du Château-d'Eau. »

Ce n'est pas ainsi que s'expriment les plagiaires. Malheureusement ce passage a été supprimé sur les épreuves. M. Buloz me fit observer que ces détails bibliographiques n'étaient pas à leur place dans le corps du récit, au verso de la mort de Tolla. Il remarqua de plus que je ne pouvais ni altérer le titre du livre en l'intitulant Vittoria Feraldi, ni afficher le véritable nom de la famille Savorelli. J'effaçai donc ces deux phrases sur l'épreuve, sans toucher au manuscrit qui n'était pas sous ma main, et je les remplaçai par cette note moins explicite, mais qu'un plagiaire se serait gardé d'ajouter :

« Vittoria, istoria del secolo XIX. Paris, 1841. »

Avec ce renseignement et le Journal de la Librairie, le bibliomane le plus inexpérimenté aurait retrouvé en cinq minutes l'éditeur, l'imprimeur, et ce titre complet de Vittoria Savorelli.

Et cependant, le 1er juin, la Revue de Paris me disait :

« Apprenez, monsieur, qu'il existe un livre intitulé Vittoria Savorelli. »

Je répondis. J'avais répondu d'avance en racontant, le 31 mai, dans la Revue Contemporaine, comment et avec quels matériaux j'avais fait Tolla. Mais quatre ou cinq journaux petits et grands se déchaînaient déjà contre moi. L'un m'appelait simplement plagiaire, l'autre me traitait plus familièrement de voleur, et une Revue hebdomadaire qui s'est mise sous le patronage de Minerve, m'accusait d'avoir vendu la dignité de l'homme de lettres à un marchand d'habits-galons.

Je puis parler sans amertume de toutes ces brutalités qui m'ont fait payer cher un peu de succès : les mauvais temps sont passés. Mais si j'avais eu le malheur de perdre courage, si je m'étais laissé abattre, si je ne m'étais tenu sur la brèche, il ne me resterait plus qu'à jeter mon écritoire par la fenêtre, à changer de nom, et à apprendre un métier.

Le tout parce que j'avais caché l'existence de Vittoria Savorelli!