— En ce temps-là, je ne serai pas obligée de baisser les yeux quand vous paraîtrez dans un salon pour vous regarder à la dérobée. J'entrerai fièrement, au bras de mon Lello, les yeux attachés sur ses yeux. C'est ma mère qui sera heureuse de se montrer partout avec nous! Je ne ferai pas plus de toilette qu'à présent ; non, je ne veux pas avoir l'air d'une parvenue. D'ailleurs le blanc me va bien, et puis je n'ai jamais aimé les bijoux.
— Les bijoux ne serviraient qu'à cacher quelque chose de votre beauté. Vous n'en porterez jamais. J'excepte cependant les diamants de ma mère. Elle m'a légué une rivière d'un grand prix, mais d'une admirable simplicité. Ne voudrez-vous point porter ces pauvres diamants pour l'amour de celle qui n'est plus?
— Je ferai ce que vous voudrez, Lello. Vous serez mon maître, et vous aurez le droit de me mettre un collier.
— Nous irons à tous les bals, nous serons de toutes les fêtes ; j'inviterai Rome à venir dans notre palais assister à notre bonheur. Je voudrais pouvoir vous montrer au monde entier. Nous voyagerons, nous irons en France.
— Quand vous aurez appris le français, mon bien-aimé paresseux! En attendant, je vais voyager seule, demain matin, sur la route de Lariccia.
— Grâce à ce bienheureux choléra, que le ciel confonde! »
Tolla lui posa deux doigts sur la bouche :
« Chut! et point de paroles de mauvais augure. Promettez-moi seulement de veiller sur vous, d'éviter soigneusement le danger, d'appeler le docteur Ély au moindre symptôme, d'exécuter aveuglément ses ordonnances, en un mot de conserver votre vie comme une chose qui m'appartient.
— Ne craignez rien Tolla, je suis sûr de ne point mourir de cette horrible maladie.
— Sûr? et pourquoi?