— Je n'ai pas le temps.

— Explique-moi cela, je t'en supplie.

— Rien de plus simple. Si j'épousais une femme, je lui obéirais, n'est-ce pas?

— Probablement.

— Eh bien! on ne peut pas servir deux maîtres à la fois. »

Tandis que Dominique confessait si naïvement son adoration pour sa maîtresse, la voiture roulait sur la voie Appienne ; le Monte-Cavo se rapprochait rapidement et Tolla, avant de s'engager dans la route qui mène aux jardins et aux parcs d'Albano, jetait un dernier coup d'œil à ces prairies desséchées qui entourent la ville d'une ceinture de tristesse et de désolation. Lorsqu'on suit cette route pendant l'été, on est tenté de croire que la terre d'Italie, partout si belle et si féconde, a été marquée d'un fer rouge autour de Rome. La route ne traverse que des terrains nus, hérissés d'herbes flétries, divisés par quelques barrières de bois mal équarri, et animés de loin en loin par la présence d'un bouvier à cheval qui chasse une vingtaine de bœufs blancs et de buffles noirs. On rencontre de temps en temps un petit temple dépouillé de ses marbres, un tombeau en ruine, ou les restes d'une villa où les éperviers font leur nid. Mais Tolla prêtait à cette solitude morte la vie, la jeunesse et l'amour qui abondaient dans son âme. La joie dont elle était pleine débordait sur tous les objets environnants, ressuscitait les ruines et faisait reverdir la terre. Elle comprit alors pour la première fois cette fiction des poëtes, qui prétend que l'amour fait naître les fleurs sous ses pas.

La famille Feraldi traversa à dix heures la grande rue de Lariccia. Vers le même moment, Lello s'habillait pour aller voir Pippo Trasimeni : il avait dormi sans débrider jusqu'à neuf heures.

« Qui t'amène si matin? demanda Pippo en le voyant entrer.

— Le bonheur, mon ami! J'ai passé une soirée comme les saints n'en ont pas souvent en paradis.

— Bravo! Et comme je suis le seul à qui tu puisses sans indiscrétion faire part de ta félicité, tu m'apportes le trop plein de ton âme? Verse mon ami, verse.