« Qu'espérez-vous de l'intervention du prince? lui demanda Rouquette.
— Mon père lui défendra de retourner chez cette fille.
— Obéira-t-il?
— Oui. Mon père a beau être vieux, infirme, aveugle, plus semblable à un mort qu'à un vivant, sa volonté est inflexible, et Lello tremble encore devant lui. Il obéira.
— Soit ; je suppose qu'il se montre plus soumis que vous ne l'avez été en pareille circonstance : le prince n'est malheureusement pas éternel. Si Lello consent à oublier pour quelque temps qu'il est majeur et maître de sa personne, il s'en ressouviendra à la mort de son père, et vous ne saurez plus par quel frein le retenir. Gardez-vous d'élever la volonté du prince entre lui et celle qu'il aime ; le jour où la mort renverserait la barrière, votre prisonnier vous échapperait, et pour toujours.
— Il a raison, ajouta le colonel. D'ailleurs ton projet nous attirerait des scènes de famille, des larmes, des prières et un débordement de rhétorique dont je bâille à l'avance. Nous agirons quand il en sera temps ; rien ne presse. »
Mme Fratief, qui était pressée, dit un jour à la chanoinesse de Certeux :
« Chère madame! on ne parle dans Rome que de l'esprit d'un de vos compatriotes, monsignor… monsignor… Ach! J'ai perdu son nom. Ce monsignor qui a empêché un prince Coromila de se mésallier à Venise…
— Monsignor Rouquette?
— Précisément, monsignor de Rouquette. Vous qui recevez la fine fleur de la société romaine, dites-moi donc, chère madame, si monsignor de Rouquette a autant d'esprit qu'on veut bien lui en prêter.