En apprenant cette nouvelle invention, Tolla guérit de colère : elle sentit ses forces doublées ; tout son être s'exalta, toute son énergie se tendit. Elle retourna dans le monde, courut les théâtres, les bals, les soirées, dansa des nuits entières, fatigua ses valseurs, soupa à quatre heures du matin, but du vin de Champagne, oublia sa pelisse en sortant du bal, commit imprudence sur imprudence, et prouva une santé de fer.
Sa réputation n'y gagna rien. Les uns disaient :
« C'est pour mieux cacher son état.
— Mais, s'écriait la marquise Trasimeni, elle a une taille à prendre dans la main! Croyez-vous qu'elle puisse laisser son état à la maison? »
D'autres allaient chuchotant : « Elle ne se ménage pas assez pour une fille qui relève de maladie. »
Un plaisant remarquait la coïncidence de la mort du prince et de la retraite momentanée de Tolla.
« Les Coromila se conservent bien, disait-on. S'il en meurt un, vite il en naît un autre. Coromila est mort, vive Coromila! »
Mme Fratief, en voyant valser Tolla, disait charitablement à ses voisines : « La malheureuse! elle veut donc tuer deux personnes à la fois! »
Cependant Lello s'était laissé conduire à la villa d'Albano, où ce qui restait de la famille se retira pendant quinze jours pour cacher sa douleur et pour l'oublier. On chassait, on faisait de grandes cavalcades et de longs repas. Rouquette organisa savamment cette vie oisive, décente et plantureuse. Lello eut le temps, non pas d'envier, mais d'entrevoir les douceurs de la vie de garçon. Cependant le voisinage de Lariccia, les souvenirs de l'été dernier, peut-être même l'oisiveté, la solitude et la bonne chère ravivèrent son amour pour Tolla. Un soir, en sortant de table, il lui écrivit : « Je te l'ai dit cent fois, mais je veux te l'écrire, parce que les écrits restent : je t'aimerai toujours et je saurai mourir plutôt que d'oublier un ange tel que toi. Dieu voit mon cœur, et, en sa présence, je te jure une fidélité éternelle. »
« Comme il m'aime! s'écria Tolla lorsqu'on lut cette lettre en famille.