Comme à la Quotidienne, Pontmartin, à la Mode, entremêlait ses causeries de contes et de nouvelles: en 1846, la Confession d’un hachichin[121]; en 1847, le Dernier Dahlia[122] et les Mémoires d’un notaire[123]. Les Mémoires d’un notaire n’étaient rien moins qu’un roman en trois volumes: le premier seul fut publié avant 1848; les deux autres furent écrits après la révolution de Février, et nous aurons à y revenir.

Après un premier séjour à Paris, d’octobre 1845 à mai 1846, Pontmartin avait passé l’été dans le Midi. Il était revenu seulement au mois d’octobre 1846, et, cette fois encore, il n’avait pas cru devoir prendre un appartement. Il se contenta de louer quelques chambres meublées dans la rue de Luxembourg[124].

Le lundi 21 décembre, il venait d’assister, au théâtre de l’Odéon, à la répétition générale d’Agnès de Méranie. Minuit sonnait aux horloges de l’Assomption et de Saint-Roch, quand il rentra chez lui. La concierge lui remit une large enveloppe, d’une physionomie officielle, portant le timbre du ministère de l’Intérieur. Il l’ouvrit avec un pressentiment sinistre, et voici ce qu’il lut:

CABINET DU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

21 décembre 1846. Par télégraphe.

Le préfet de Vaucluse prie M. le Ministre de l’Intérieur[125] de faire prévenir M. Armand de Pontmartin que l’état de madame sa mère s’est fort aggravé depuis quelques heures, et que son oncle[126] l’engage à partir immédiatement.

Le Maître des requêtes,

Chef du Cabinet,

Edmond Leclerc[127].

En 1846, le télégraphe aérien ne fonctionnait pas la nuit; il fallait plusieurs heures pour la transmission et quand le temps était brumeux (cas fréquent en décembre), il fallait souvent toute une journée. Madame de Pontmartin était morte presque subitement dans la matinée du 21 décembre; la dépêche n’était arrivée rue de Luxembourg que dans la soirée, après le départ de Pontmartin pour le théâtre.