CHAPITRE IX
LE CORRESPONDANT, L’UNION ET LE JOURNAL DE BRUXELLES.—LES DEUX ÉROSTRATES.—LA MAIRIE DES ANGLES
(1855-1862)
Le second volume des Causeries littéraires. L’article sur Béranger. Lettre de Louis Veuillot à Pontmartin. Le 40 et le 44 de la rue du Bac. Le salon de Montalembert et les soirées de Veuillot.—L’entrée au Correspondant. Pontmartin et le théâtre.—Les deux Érostrates. Le Spectateur et la suppression de l’Assemblée nationale. L’entrée à l’Union.—La Mûre et le château de Gourdan. La mairie des Angles. Un préfet homme d’esprit. Lettre de Louis Veuillot.—Les Variétés du Journal de Bruxelles.—Biographie du Père Félix.—Rentrée à la Revue des Deux Mondes. Pontmartin en 1862.
I
Au mois d’avril 1855, en ayant fini avec l’Envers de la Comédie et Réconciliation, Pontmartin fit paraître le second volume des Causeries littéraires. Le premier, l’année précédente, avait obtenu un complet succès; aucune critique n’était venue se mêler aux éloges. Pontmartin croyait naïvement que la deuxième série aurait même fortune.
Il avait eu l’idée, pour corser le volume, d’y ajouter son étude sur Béranger, parue quatre ans auparavant, nous l’avons vu, dans l’Opinion publique, et qui n’avait pas soulevé le moindre orage. M. Mallac, sans le prévenir, inséra cette étude dans l’Assemblée nationale. C’était une démolition complète de l’Idole (car Béranger en était une à ce moment). Sans nier le mérite de ses «jolies chansons[229]», Pontmartin se refusait à voir dans le chantre de Lisette un poète lyrique, et à reconnaître dans le rival de Désaugiers un successeur et un rival d’Horace. Il ne cachait pas son mépris pour l’homme qui avait insulté l’Ange Gardien et la sœur de Charité, profané l’image sacrée de l’aïeule, bafoué le Jour des Morts, remplacé le Dieu des Chrétiens par le Dieu des Bonnes Gens, discrédité les Bourbons, glorifié le Bonapartisme, travaillé enfin—coup double dont la France mourra peut-être—à nous donner à la fois la République et l’Empire.
Louis Veuillot s’empressa de signaler ces pages vengeresses: