«On devrait apprendre à chacun les qualités merveilleuses de la matière, de la matière portée au summum de son utilisation.

—Voici un livre que vous devriez faire!

—Oui, c'est vrai… mais je ne peux pas… Je n'ai pas la combinaison écrite. Dans la conversation, il m'arrive quelquefois de donner la notion de choses… Mais le lendemain, à froid, une plume à la main, ce n'est plus ça.»

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Mercredi 7 février.—Théophile Gautier, ce soir, chez la princesse défendait Hugo, un peu contre tout le monde. Il le défendait ainsi: «Oh, quoi que vous disiez, c'est toujours le grand Hugo, le poète des vapeurs, des nuées, de la mer,—le poète des fluides!»

Puis il me prend à part, et me parle longtemps et amoureusement du DRAGON IMPÉRIAL, et de l'auteur. On sent qu'il est fier d'avoir créé cette cervelle. Le sens de l'Extrême-Orient qu'a la jeune femme, l'intuition qu'elle possède des grandes époques historiques, sa devination de la Chine, du Japon, de l'Inde sous Alexandre, de Rome sous Adrien, le remplissent d'un ravissement qu'il me verse dans l'oreille.

Et il ajoute que Judith s'est créé, qu'elle s'est faite toute seule, qu'elle a été élevée comme un petit chien qu'on laisse courir sur la table, que personne, pour ainsi dire, ne lui a appris à écrire.

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Vendredi 9 février.—Beaucoup de collectionneurs aiment les dessins dans d'affreuses montures économiques. Beaucoup de bibliophiles aiment les livres, dans de médiocres reliures. Moi j'aime les dessins très bien montés et encadrés dans du vieux chêne sculpté! J'aime les livres dont la reliure coûte très cher. Les belles choses ne sont belles pour moi, qu'à la condition d'être bien habillées.

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