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Vendredi 24 décembre.—Exposition Barye.

Barye est un sculpteur du corps de l'homme très ordinaire. La femme, sous son ébauchoir, prend l'aspect caricatural, qu'aurait un véritable antique, copié par Daumier. L'ornemaniste se montre empire, perruque, né pour l'agrémentation du zinc.

Barye n'a de génie que comme animalier, et dans les grands fauves. Le premier il a rendu le tressautement du repos; le sillonnement tranquille de la force et de la vitesse dans le courant des muscles aux grands méplats carrés; le flottement élastique dans la marche du corps sous la peau distendue; le rampement du bond. Le premier, il a rendu la sérénité ennuyée du roi des animaux.

L'aquarelliste me paraît surfait. On sent trop sur la feuille de papier, parmi les roches grises de Fontainebleau, le transport d'un croquis de féroce fait au Jardin des Plantes. Cependant, parmi ces aquarelles, il y a autour d'énormes arbres desséchés, des enroulements alourdis de boas, apparaissant dans la lueur d'un éclair livide, qui sont d'un coloriste tout à fait dramatique.

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Lundi 27 décembre.—Je dîne ce soir chez Hugo. Sur les huit heures, il apparaît dans une redingote à collet de velours, la corde lâche d'un foulard blanc autour du cou. Il se laisse tomber sur le divan, près de la cheminée, parle du rôle de conciliation qu'il veut jouer dorénavant dans les assemblées, dit qu'il n'est pas un modéré, parce que l'idéal d'un modéré n'est pas le sien, mais qu'il est un apaisé, un homme sans ambition et éprouvé par la vie.

Là-dessus arrive Saint-Victor, qui présente Dalloz. Le directeur du MONITEUR, tout aussitôt, fait une profession de foi de conservateur progressiste, et se comparant à une jambe qui marche, dans son mouvement en avant, prenant mal son point d'appui sur son pied de derrière, s'embourbe dans son speach, en manquant de tomber.

On passe dans la salle à manger. Le dîner ressemble assez à un dîner donné par un curé de village à son évêque. Il y a une gibelotte de lapin, suivie d'un rosbif, après lequel fait son entrée un poulet rôti. Autour de la table, sont assis de Banville, sa femme, son fils, Saint-Victor, Dalloz, Mme Drouet, Mme Charles Hugo, flanquée de ses deux enfants, son diable de petite fille, et son doux petit garçon aux beaux yeux veloutés.

Hugo est en verve. Il cause d'une manière bonhomme, charmante, s'amusant de ce qu'il raconte, et coupant quelquefois son récit d'un rire sonore, qui se répète deux fois dans sa bouche.