…—Tout ça, qu'est-ce auprès de ceci, s'exclame Flaubert, son coude se serrant contre sa poitrine—qu'est-ce auprès d'un bras de femme aimée, qu'on presse une seconde contre son cœur, en la menant à table.

DAUDET.—Malheur!—fait-il, en se tortillant sur sa chaise, avec des mains qui se crispent nerveusement au-dessus de sa tête.—Ce n'est pas mon genre…

…—Mais Daudet, dit ingénument Flaubert, vous savez, je suis cochon!

—Laissez donc, vous êtes un cynique avec les hommes et un sentimental avec les femmes.

—Ma foi, c'est vrai, avoue en riant Flaubert, même avec les femmes de maison, que j'appelle mon petit ange

…—C'est curieux,—laisse échapper Tourguéneff, écoutant avec des yeux effarés et presque inquiets, ce qui se dit,—c'est curieux, moi, je n'aborde la femme qu'avec un sentiment de respect, d'émotion, et de surprise mon bonheur… Daudet, vous n'avez pas connu de femmes russes?… Tant pis… Cela aurait eu un intérêt pour vous… La femme russe, voyons… comment vous la définir: c'est un mélange de simplicité, de tendresse, et de dépravation inconsciente!

…—Dans la Haute-Egypte,—c'est encore la voix de Flaubert—par la nuit noire comme un four, entre des maisons basses, au milieu de l'aboiement des chiens qui veulent vous dévorer, on vous mène à une hutte, haute comme un jeune homme de dix-sept ans. Là dedans, tout au fond, on trouve, couchée par terre, une femme en chemise, dont le corps est entouré, sept ou huit fois, d'une grande chaîne d'or, une femme qui a les fesses froides comme de la glace. Alors, avec cette femme qui reste immobile dans le plaisir, on éprouve, voyez-vous, des jouissances infinies, des jouissances…

Moi.—Allons, Flaubert, mon vieux, c'est de la littérature, ça!

* * * * *

Jeudi, 11 mai.—La photographie semble donner presque seulement l'animalité contenue dans l'homme ou la femme représentée.