Oui, les corps pour lesquels on a une religion, on leur voudrait le néant de cendre des anciens.
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Samedi 19 août.—Triste journée. Je vais à la messe de mort de Fervaques, dans cette église d'Auteuil, où je ne suis pas entré depuis l'enterrement de mon frère.
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Lundi 21 août.—A la petite porte de fer battante du parc de Saint-Gratien, où j'ai l'habitude de me faire descendre, je tombe sur Anastasi. Il m'apprend que la princesse est avec tout son monde à Paris, et qu'elle ne reviendra que pour dîner. Je lui donne le bras, et nous allons nous asseoir, sous la tente, au bord du lac d'Enghien.
Là, il me raconte ses misères, sa jeunesse passée jusqu'à vingt ans, aux Quinze-Vingt: son père étant devenu aveugle à trente-six ans. Il a eu pour le nourrir et relever, le pain donné tous les jours aux aveugles, avec la pension de trente francs par mois. Il entremêle son récit de détails sur la vie des habitants, sur leurs habitudes, sur les mouvements d'âme de ces infirmes, sur les originaux de l'endroit, des détails enfin, avec lesquels un romancier ferait un original et neuf début d'une existence.
Et il ajoute qu'il avait conservé de cette vie, un souvenir d'épouvantement si grand, que lorsqu'il s'est vu aveugle chez Dubois, et qu'il ne savait comment il mangerait, l'idée de retourner aux Quinze-Vingt lui avait causé une telle horreur, qu'on le faisait surveiller pour qu'il ne se tuât pas.
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Mardi 29 août.—Partout autour de moi, des morts subites, des coups de foudre, des vivants comme assassinés. Ce pauvre Fromentin, à notre dernier dîner de Brébant, qui eut lieu la veille de son départ, il m'accompagnait jusqu'à mon chemin de fer, et m'interrogeait sur mon roman, avec ce joli étonnement de son œil circonflexe.
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