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Mercredi 27 décembre.—Aujourd'hui que mon livre de LA FILLE ÉLISA est presque terminé, commence à apparaître et à se dessiner vaguement dans mon esprit le roman, avec lequel je rêve de faire mes adieux à l'imagination.
Je voudrais créer deux clowns, deux frères s'aimant comme nous nous sommes aimés, mon frère et moi. Ils auraient mis en commun leur colonne vertébrale, et chercheraient, toute leur vie, un tour impossible, qui serait pour eux, la trouvaille d'un problème de la science. Là-dedans, beaucoup de détails sur l'enfance du plus jeune, et la fraternité du plus âgé, mêlée d'un peu de paternité. L'aîné, la force; le jeune, la grâce, avec quelque chose d'une nature peuple poétique, qui trouverait son exutoire dans le fantastique, que le clown anglais apporte au tour de force.
Enfin le tour, longtemps irréalisable par des impossibilités du métier, serait trouvé. Ce jour-là, la vengeance d'une écuyère, dont l'amour aurait été dédaigné par le plus jeune, le ferait manquer. Bien entendu la femme n'apparaîtrait qu'à la cantonnade. Il y aurait chez les deux frères une religion du muscle, qui les ferait s'abstenir de la femme, et de tout ce qui diminue la force.
Le plus jeune, dans le tour manqué, aurait les deux cuisses brisées, et le jour où il serait reconnu qu'il ne pourrait plus être clown, son frère abandonnerait le métier, pour ne pas lui crever le cœur.
Ici transporter toutes les douleurs morales que j'ai perçues chez mon frère, quand il a senti son cerveau incapable de ne plus produire.
Cependant, l'amour de son métier survivant chez l'aîné, la nuit, quand son jeune frère serait endormi, il se relèverait pour faire des tours, tout seul, dans un grenier, à la lueur de deux chandelles. Une nuit, son frère se relèverait, se traînerait au grenier, et l'autre se retournant, le verrait avec des larmes coulant silencieusement sur ses joues. Alors il lancerait le trapèze par la fenêtre, se jetterait dans les bras de son frère, et tous deux resteraient à pleurer, embrassés en une tendre étreinte.
La chose très courte et cherchée tout entière dans le sentiment et le pittoresque du détail.
ANNÉE 1877
Mercredi 3 janvier.—Sur un de ces divans, où, en se tournant le dos, on est face à face, je regardais Mlle *** réfléchissant: