Lundi 12 février.—Chez Hugo, ce soir. Il dit qu'il n'a jamais été malade, qu'il n'a jamais eu rien, qu'il n'a jamais souffert de quoi que ce soit, sauf un anthrax, un charbon dans le dos, qui l'a empêché de sortir dix-sept jours.
Après quoi, selon son expression, il a été cautérisé. Et rien ne peut lui faire: le chaud, le froid, les averses qui le trempent jusqu'aux os. Il lui semble qu'il est invulnérable…
* * * * *
Mardi 14 février.—La femme d'un président de tribunal de province disait à Flaubert: «Nous sommes bien heureux, mon mari n'a pas eu un acquittement pendant la session!».
Qu'on songe à tout ce qu'il y a dans cette phrase.
* * * * *
Samedi 18 février.—C'est curieux la révolution amenée par l'art japonais chez un peuple esclave dans le domaine de l'art, de la symétrie grecque, et qui soudain, s'est mis à se passionner pour une assiette, dont la fleur n'était plus au beau milieu, pour une étoffe où l'harmonie n'était plus faite au moyen de passages et de transitions par des demi-teintes, mais seulement par la juxtaposition savamment coloriste des couleurs.
Qu'est-ce qui aurait osé peindre, il y a vingt ans, une femme en robe vraiment jaune; ça n'a pu se tenter qu'après la «Salomé» japonaise de Regnault, et cette introduction autoritaire dans l'optique de l'Europe de la couleur impériale de l'Extrême-Orient, oui, c'est une vraie révolution en la chromatique du tableau et de la mode.
* * * * *
Lundi 19 février.—Tourguéneff conte, ce soir, qu'il y avait, près de l'habitation de sa mère, un régisseur qui avait deux filles d'une merveilleuse beauté, et dans ses promenades et ses chasses aux environs, il passait et repassait souvent par là.