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Mercredi 14 avril.—Je lis ce soir dans le BIEN PUBLIC, que le TINTAMARRE est poursuivi pour un article, portant le titre de La Fille Élisabeth, qui est une parodie de LA FILLE ÉLISA.
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Mardi 17 avril.—On parlait, ce soir, de l'implacabilité allemande, de l'impossibilité de parler à l'humanité de ces hommes, fermés et inaccessibles. Là-dessus Cherbuliez m'apprend qu'on se trompe, qu'il y a chez les Teutons, un quart d'heure pour les concessions: c'est le quart d'heure qui s'écoule entre le dessert du dîner et la dixième bouffée d'un cigare. Saint-Vallier lui a raconté que, c'est dans ce moment, dans ce moment seul, qu'il a pu obtenir ce qu'il a obtenu, en le cours de ses négociations.
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Lundi 23 avril.—J'étais tranquille, je me croyais sauvé, quand Paul de Cassagnac s'est plaint à la tribune de la Chambre des députés, qu'on ne poursuivît pas le TINTAMARRE, pour son article de La Fille Élisabeth. Là-dessus le Procureur général de la République s'est engagé à poursuivre. Et aussitôt le TINTAMARRE a fait parvenir pour sa défense, à ce qu'on m'a dit, un exemplaire de LA FILLE ÉLISA, annoté par un de ses légistes. Et voilà qu'on a repris mon volume au Ministère, et qu'on le balafre de crayon rouge. Forcé de poursuivre un journal républicain, il se pourrait très bien que le gouvernement, pour paraître tenir la balance égale, eût la faiblesse de faire asseoir en police correctionnelle, un homme que LA MARSEILLAISE vient de peindre, ce matin, comme un familier de Compiègne—où il n'a jamais mis les pieds.
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Dimanche 29 avril.—Vraiment, j'ai beau chercher, je ne puis m'expliquer l'intensité de la haine contre nous.
Pour moi, les journalistes n'ont pas été des critiques, ils ont été des substituts de procureurs du Roi ou de la République. Ah quels pudibonds! et cependant…
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