Vendredi 27 juillet.—Ce jour, j'étais convoqué à la mairie du huitième arrondissement; pour le mariage de Mlle Madeleine Burty. Je me trouvais être témoin de ce mariage avec Gambetta.
La proclamation de l'union de l'homme et de la femme, dans ces endroits civils, ressemble vraiment trop à la condamnation prononcée par un président de Cour d'assises.
Au moment, où je m'avançais pour signer sur le registre, le maire me fait signe d'aller à lui. Et le voici,—du reste en homme fort distingué—moitié mécontent, moitié satisfait, à se plaindre à moi, d'avoir fait figurer son frère dans un roman, avec des détails si particuliers, qu'il est impossible, me dit-il, que je ne l'aie pas connu. Le maire, est, à ce qu'il paraît, le frère de l'abbé Caron, que j'ai croqué sous le nom de l'abbé Blampoix, dans RENÉE MAUPERIN. Je me défends, en lui répondant que, dans mon livre, je n'ai fait aucune personnalité, que j'ai peint un type général—et ce qui est la vérité—que je n'ai jamais vu ni connu l'abbé.
Sur quoi, nous nous quittons très gracieusement.
De là au temple protestant, à la cérémonie religieuse, qu'a bien fallu subir Burty. Ici le ministre a des amabilités non pareilles pour tout le monde. Le marié est de la race héroïque, qui a fait passer d'Angleterre en Amérique, l'indépendance de la foi. Burty est l'homme de bien par excellence. Gambetta va redonner à la France, sous trois mois, la grandeur qu'elle a perdue, et moi, je suis en train d'apprendre aux femmes de ce temps, la grâce de la femme du dix-huitième siècle.
Du temple chez Burty, où dans deux chambres démeublées, Potel et Chabot ont dressé deux tables de douze couverts. Gambetta, à ce déjeuner, apporte une formidable gaîté, et au milieu de rires retentissants jusque sur le palier, certifie qu'il est sûr, à l'heure présente, de la nomination de 405 députés républicains.
A trois heures, le monde se lève de table. La mariée se fait coiffer par Julie, le marié quitte son habit noir et passe un veston, et Burty, dont la paternité est arrivée à la limite dernière des devoirs et des obligations, m'entraîne japoniser chez Bing.
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Jeudi 2 août.—Aujourd'hui, en faisant un paquet de tous les journaux, qui ont parlé de la FILLE ÉLISA, je les lisotte, en les pliant. C'est vraiment inouï, ce qu'a fait écrire ce livre, où je défie de trouver, je ne dirai pas un mot cochon, mais une expression vive,—ce qu'a fait écrire ce livre aux purs du journalisme. On a évoqué le nom de M. de Germiny «moins digne d'une punition que moi», et un journal a été jusqu'à demander, que l'auteur de la FILLE ÉLISA soit enfermé dans une maison de fous, ainsi que l'auteur de JUSTINE, le fut par ordre de l'empereur Napoléon Ier.
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