Mercredi, 8 août.—Des femmes de la campagne portant des enfants avec de musculeux hanchements, marchent le long de la rivière, dans l'ombre des grands arbres. Lentes, elles passent détachées sur un champ d'avoine, tout ensoleillé. Elles apparaissent ainsi, comme de rustiques cariatides, peintes en grisaille sur un fond d'or.
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Mercredi, 15 août.—Une population de village un peu effrayante,—c'est celle de Robert-Espagne—qui a pour le bourgeois, le regard hostile d'un mauvais quartier de Paris, la veille d'une insurrection.
La Truchotte, la marchande d'écrevisses, chez laquelle nous allons, une vieille femme, la tête nue, où il y a une raie, comme un large tracé d'une route vicinale, en un pays de landes. Sa fille, la Lancière, n'y est pas. Un petit bonhomme de cinq ans nous précède, au bord de la rivière, bégayant des jurements, et armé d'un grand fouet, dont il fouaille les poules sur le chemin. Il se jette sur mes mains pour les mordre, quand je fais mine de lui ôter ce fouet, qu'il me fourre à la fin dans le derrière, en manière de me demander une cigarette. Et voilà l'affreux môme, que sa grand'mère nous dit déjà boire de l'eau-de-vie comme un homme, qui, toussaillant et pleurant, fume, pendant que sa chemise breneuse sort par sa culotte fendue.
Cet enfant est un symbole: il me représente l'avenir des campagnes.
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Jeudi, 23 août.—Aujourd'hui, tombe au château le peintre célèbre des chiens et des chats: Lambert. Il vient peindre Alma, l'admirable épagneul anglais: les amours de la châtelaine. Le fin gourmand, qu'est ce Lambert! il arrive, les poches bourrées de menus, pour les faire exécuter par les consciencieux cordons bleus de la province.
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Vendredi, 31 août.—Paris. Il y a quelque chose de triste chez l'homme arrivé à la somme de notoriété, qu'un littérateur peut acquérir de son vivant. Il est comme désintéressé de sa carrière. Il sent qu'un nouveau livre le laisse où il est, ne le porte plus en avant. Il continue, par un certain orgueil d'artiste, par l'amour du beau qui est en lui, de faire le mieux qu'il peut, mais le coup de fouet du succès n'a plus d'aiguillon pour lui. Il est un peu, comme un militaire arrivé au plus haut grade, qu'il puisse atteindre dans une arme spéciale, et qui continue à faire des actions d'éclat, sans entraînement, mais tout simplement parce qu'il est brave.
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