Samedi 1er septembre.—Ce soir, chez Sichel tombe Doré. Il est engraissé, épaissi, et du gros garçon sortent des esthétiques supérieures, des théories nébuleuses, qui le font ressembler à un toucheur de bœufs, attaqué de mysticisme…

Il vient de modeler une bouteille, haute comme une chambre, une bouteille, dont s'échappent, dans une mousse pétillante, les hallucinations matérialisées de l'ivresse, enfin une dive bouteille grand format, et dont un bronzier lui demande pour la fonte, 50 000 francs.

————Je rapporte de la PORTE CHINOISE, un petit foukousa rose, de ce ton adorablement faux, qu'on appelle rose turc. J'ai comme le sentiment d'un sorbet à la fraise que boiraient mes yeux.

————Cet enterrement de Thiers, cette idolâtrie d'un homme, est pour moi le témoignage le plus frappant du tempérament monarchique de la France. Elle voudra toujours dans un président, un monarque, un dominateur, et non un serviteur des assemblées gouvernantes.

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Lundi 9 octobre.—Journée passée avec les Charpentier, à Champrosay, chez les Daudet.

Gai déjeuner, égayé par mille aimables blagues plaisantant Mme Daudet de sa gentille idée, d'avoir voulu me marier avec une très charmante femme de ses amies.

Daudet est tué. Voici cinq mois qu'il travaille depuis quatre heures du matin jusqu'à huit heures, de neuf heures à midi, de deux heures à six heures, de huit heures à minuit: en tout vingt heures de pioche, auxquelles il faut ajouter trois heures de travail de sa femme.

Sa fièvre est passée, et il a encore trois feuilletons à revoir. Son dernier morceau, sa «première» dont il pouvait faire un chef-d'œuvre, ce n'est pas ça, dit-il. Maintenant, il adoptera ma méthode, il fera le dernier chapitre avant la fin, au moment de l'empoignement.

Après déjeuner, une partie de boule dans la cour. Là-dessus, on va prendre, pour une promenade dans la forêt, un ami qui demeure dans la maison de Delacroix.