Et la phrase de ce drame rejette Tourguéneff dans les souvenirs de son enfance, dans la mémoire de la dure éducation en laquelle il a grandi, et des révoltes que l'injustice soulevait dans sa jeune âme. Il se voit, je ne sais à propos de quel petit méfait, à la suite duquel il avait été sermonné par son précepteur, puis fouetté, puis privé de dîner, il se voit se promenant dans le jardin, et buvant, avec une espèce de plaisir amer, l'eau salée qui de ses yeux, le long de ses joues, lui tombait dans les coins de la bouche.

Il parle ensuite des savoureuses heures de sa jeunesse, des heures, où couché sur l'herbe, il écoutait les bruits de la terre, et des heures passées à l'affût dans une observation rêveuse de la nature qu'on ne peut rendre.

Il nous entretient d'un chien bien-aimé, semblant prendre part à l'état de son âme, le surprenant par un gros soupir, dans ses moments de mélancolie,—un chien qui, un soir, au bord d'un étang, où Tourguéneff fut pris d'une terreur mystérieuse, se jeta dans ses jambes, comme s'il partageait son effroi.

Puis, je ne sais, à propos de quel crochet dans la conversation et les idées, Tourguéneff nous raconte qu'étant un jour en visite chez une dame, au moment où il se levait pour sortir, cette dame lui cria presque: «Restez, je vous en prie, mon mari sera ici dans un quart d'heure, ne me laissez pas seule!»

Comme le ton était singulier, il la pressa tant, qu'elle lui dit: «Je ne puis pas rester seule… Aussitôt qu'il n'y a plus personne auprès de moi, je me sens enlevée et transportée au milieu de l'immense… et je suis là, comme une petite poupée, devant un juge dont je ne vois pas la figure!»

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Samedi 24 mai.—Le jour où nos destinées se jouent dans Versailles, j'y suis, mais j'y suis pour acheter des azalées et des rhododendrons.

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Mardi 27 mai.—J'ai eu un succès au dîner de Brébant, avec ce mot: «La France finira par des pronunciamento d'académiciens.»

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