2 juin.—Je ne puis surmonter mon dégoût, quand je lis à la quatrième page d'un journal, dans les réclames payées: Il vient de paraître la seconde édition: De la situation des ouvriers en Angleterre… «travail où M. le comte de Paris a fait œuvre de penseur et de citoyen…» Les prétendants qui se font écrivains socialistes… Pouah!
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7 juin.—Je ne crois pas que le monde finisse, parce qu'une société périt. Je ne crois donc pas à la fin du monde après la destruction de ce qui est aujourd'hui, cependant je suis intrigué de savoir quelle pourra être la physionomie d'un monde, aux bibliothèques, aux musées pétrolés, et dont l'effort sera de choisir pour se gouverner, les incapacités les plus officiellement notoires.
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Dimanche 8 juin.—Ce matin, Rops est venu déjeuner chez moi. Il m'explique ce que je ne comprenais pas chez un Belge: ces coups d'œil, par moments, tout noirs, et ces cheveux en escalade. Il est d'origine hongroise. Son grand-père est de ceux qui n'ont pas voulu mourir pour Marie-Thérèse.
Dans la journée, il m'entraîne chez François Hugo, qui habite dans la villa, depuis quinze jours, et veut m'avoir à dîner. Je tombe, sans le savoir, sur un homme livide, qui me dit être venu ici pour se faire soigner par Béni-Barde. Il l'a vu ce matin, et doit commencer son traitement le lendemain. Je n'écoute plus le fils d'Hugo, je suis tout à coup rejeté dans ces cruels six mois, où deux fois par jour, j'ai traîné mon pauvre frère à ce cruel supplice, sans pouvoir le sauver.
Il me prend une envie insurmontable de fuir cette maison en gaieté et en joie, autour de ce mourant. Au moment de passer à table, je prétexte une migraine, et rentre chez moi, doucement penser à lui.
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Lundi 9 juin.—Un homme de valeur ne garde cette valeur qu'à la condition de persister, sans faiblir, dans son instinctif mépris de l'opinion publique.
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