Puis au bout de cela, le médecin demanda aux Japonais s'ils trouvaient nos Françaises jolies. «Oui, oui, lui fut-il répondu, mais elles sont trop grandes!» Ces orientaux donnaient, dans cette phrase, l'idéal de ce qu'ils cherchent chez la femme: un joli petit animal, qu'on enveloppe avec la caresse tombante d'une main.
En effet, n'avons-nous pas vu les Japonaises de la grande Exposition, expliquer la phrase de leurs compatriotes, avec leurs rampements, leurs agenouillements, leurs gracieuses attaches au sol, leurs mouvements de gentils quadrupèdes, leurs habitudes enfin, de se faire toutes ramassées, toutes peletonnées, toutes exiguës.
Quelqu'un ajoute, que les officiers de marine sont unanimes à reconnaître que dans tout l'Orient, c'est seulement au Japon qu'on trouve chez la femme, la gaieté, l'entrain, un amour du plaisir, presque occidental.
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1er septembre.—Après une affreuse migraine, je rêvais, cette nuit, que je me trouvais dans un endroit vague et indéfini, comme un paysage du sommeil. Là, se mettait à courir un danseur comique, dont chacune des poses devenait derrière lui, un arbre gardant le dessin ridicule et contorsionné du danseur.
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Vendredi 10 septembre.—Aujourd'hui, dans l'exposition japonaise de Cernuschi, je rencontre Burty, revenu de la campagne pour quelques heures à Paris.
Nous sortons du Palais de l'Industrie, lui, moi, et un monsieur qu'il me présente, et dont je n'entends pas le nom. Nous marchons en causant, tous les trois, dans les Champs-Elysées, moi cherchant à deviner quel pouvait être ce monsieur, parlant intelligemment, mais dont je ne pouvais saisir le regard. L'homme parti je demande à Burty. «Qui est donc ce monsieur?»
—«Mon cher, vous me faites une charge?» me répond Burty.
C'était Gambetta, le tribun, le dictateur, l'inventeur des nouvelles couches sociales.