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16 août.—Je suis tombé hier sur Hugo, en conférence avec La Rochelle, pour la représentation de MARIE TUDOR.

C'était une scène de comédie du plus haut comique. Le thème de Hugo avec le directeur de théâtre était simple. Il lui disait: «Moi, il n'y a plus qu'une chose qui m'intéresse, c'est de jouer avec mes petits-enfants, tout le reste ne m'est plus de rien. Ainsi, faites absolument comme vous l'entendrez, vous êtes, n'est-ce pas, bien plus intéressé que moi au succès de la pièce.» Puis, au bout de tous ces apparents abandonnements, apparaissait sournoisement le nom de Meurice, de l'excellent Meurice, à qui La Rochelle devait référer, en dernier ressort, pour tout. Et toujours à la suite de cela, le refrain: «Moi, jouer avec mes petits-enfants, c'est tout ce que je demande.»

En se levant, La Rochelle, mis à l'aise par la débonnarité du grand homme, lui demandait si Dumaine ne pourrait pas jouer, deux ou trois fois, dans je ne sais quelle pièce: «Voyez-vous, répondait Hugo, à ce que vous demandez, je vais vous dire qu'il y a deux Hugo: le Hugo de maintenant, un vieil imbécile, prêt à tout laisser faire, et puis il y a le Hugo d'autrefois, un jeune homme plein d'autorité—et il appuya lentement sur cette phrase.—Cet Hugo là vous aurait refusé net, il aurait voulu la virginité de Dumaine pour sa pièce.» Et le ton sec et autoritaire, dont le second Hugo dit cela, doit faire comprendre à La Rochelle qu'il n'y a au fond qu'un seul Hugo, celui du passé et du présent.

Hugo, ce soir, est surexcité dans son révolutionnarisme, par des choses qu'il ne dit pas. Une dureté implacable monte à sa figure, allume le noir de ses yeux, quand il parle de l'Assemblée, de l'armée de Mac-Mahon. Ce n'est plus l'hostilité haute ou ironique d'un homme de pensée, sa parole a quelque chose de l'impitoyabilité féroce de la parole d'un ouvrier manuel.

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Dimanche 17 août.—Il y a, ce soir, dans l'antichambre de la princesse, un énorme rouleau de papiers. Ce sont les interrogatoires de Bazaine, laissés là, par Lachaud qui dîne avec nous.

L'avocat affirme, que le duc d'Aumale a pétitionné la présidence, qu'il l'a arrachée, contre toute justice, au général Schramm, que c'est enfin, pour le prince, un moyen de se produire. Si ce que dit l'avocat est la vérité, et ce dont je doute, c'est assez tragiquement funambulesque cette conception d'un prétendant, d'arriver au trône par une présidence de Cour d'assises.

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Mardi 19 août.—Le docteur Robin nous racontait, ce soir, que le hasard l'ayant mis à même de rendre service à des Japonais, rencontrés en Italie, il les retrouva à Vienne. Ils se firent alors un plaisir de lui montrer, dans les plus grands détails, leur exposition. On causa, on parla de la philosophie de la forme des objets, et on parla de Dieu, auquel ils ne croient pas, ne croyant guère qu'aux esprits, à des manifestations des âmes des trépassés.