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Mercredi 10 décembre.—Ce soir, chez la princesse, le dîner a été froid, contraint, coupé de longs silences. La pensée de chacun était au jugement de Bazaine.

Après le dîner, la princesse s'est absorbée dans le travail de la tapisserie: un moyen pour elle, au milieu des grands événements, de s'absenter de son salon, de s'appartenir. Elle répond à peine aux gens, qui lui font la politesse de venir s'asseoir, sur la petite chaise placée à ses pieds, relevant le nez à chaque entrant à qui elle jette: «Eh bien, sait-on quelque chose?» Enfin, la soirée s'avançant, et personne n'apportant des nouvelles, elle s'écrie tout à coup: «C'est prodigieux, ces hommes! ça ne sait rien! moi, si j'avais des culottes, il me semble que je serais de suite partout, que je saurais tout. Voyons jeune Gautier, si vous alliez au Cercle impérial, peut-être saurions-nous quelque chose?»

Le fils Gautier est très longtemps absent. En sortant, je le croise sous la porte cochère, et il me jette: «Condamné à mort à l'unanimité

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Vendredi 12 décembre.—De Behaine, en attendant le dîner, et Stoffel qui est en retard, me parle de l'espèce de susceptibilité maladive de Bismarck, de ses fureurs à la moindre attaque d'un journal français, de sa gallophobie, de la chance, qu'a la France de trouver dans le comte d'Arnim—tout prussien qu'il est—un sentiment aristocratique, qui le rend hostile au radicalisme français et non à la France.

Avec un autre ambassadeur, il a la certitude qu'un prétexte aurait été déjà trouvé pour envahir à nouveau notre pays.

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Mardi 16 décembre.—Décidément, je n'ai plus d'intérêt à créer un livre.—Créer un massif de fleurs, une chambre, une reliure: voilà, ce qui dans ce moment, amuse ma cervelle.

Comme on parle de l'action révolutionnaire, exercée dans les élections en province, Calemard de Lafayette dit: «L'agent révolutionnaire le plus redoutable, et qu'on retrouve presque dans tous les cantons,—j'ai pu en faire l'observation moi-même—c'est un huissier véreux, devenu banquier.»