Daudet est ce joli garçon chevelu, aux rejets superbes, à tout moment, de cette chevelure en arrière, aux coups de monocle à la Scholl. Il parle spirituellement de son impudeur à fourrer dans ses livres, tout ce qui lui fournit des observations littéraires, et se dit déjà presque brouillé avec une partie de sa famille.
Puis l'on cause des uns et des autres… Daudet s'avoue beaucoup plus frappé du bruit, du son des êtres et des choses, que de leur vue, et tenté parfois de jeter dans sa littérature des pif, des paf, des boum. Et, en effet, il est d'une myopie qui touche à l'infirmité, et semble lui faire traverser les milieux de la vie, ainsi qu'un aveugle—pas mal clairvoyant tout de même.
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Lundi 22 juin.—Jules Janin a eu ce qu'il a ambitionné toute sa vie: un bel enterrement.
Derrière sa dépouille ont emboîté le pas, du militaire, du civil, de l'académique, avec la populace des lettres. Sa gloire, quoiqu'il ait eu, à un moment, un certain talent, sa gloire sera celle d'un agréable et loquace causeur. Elle ne durera guère plus que le JJ. en fleurs, calligraphié au milieu du gazon de son jardin.
Le malheureux! on va l'enterrer à Évreux. C'est, cruel pour des os aussi parisiens que les siens, d'attendre, en province, le Jugement dernier.
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Mardi 30 juin.—Quand on vit quelque temps en communion avec les femmes de Prudhon, ces portraits ne vous restent pas dans la mémoire, comme des portraits. Elles flottent et sourient en votre pensée rêveuse, ces effigies vagues et noyées dans la demi-teinte, ainsi que des types poétiques, des incarnations idéales de la femme du Directoire, de l'Empire, de la Restauration.
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Mercredi 1er juillet.—D'où venez-vous, comme ça, disais-je, aujourd'hui, à Mlle *** rentrant du dehors, au moment, où je poussais la petite porte battante du parc: «Je viens de faire des acquisitions.» Puis, en riant: «Je viens d'acheter de la potasse chez l'épicier.»