Il y a dans le moment chez toutes les Parisiennes brunes, une passion de devenir blondes, et toutes travaillent, non sans succès, à obtenir cette coloration, en se lavant les cheveux avec de la potasse, dissoute dans de l'eau.

Donc, nous nous sommes mis à causer toilette, et, elle me conte l'origine de cette mode, elle m'apprend que le docteur Tardieu, ayant été visiter une fabrique de potasse, avait été frappé du ton de la chevelure des ouvriers et des ouvrières. C'était le blond flamboyant vénitien. Et le maître de l'établissement disait à Tardieu, que les cheveux de tout son monde devenaient comme cela, au bout de dix-huit mois. La chose racontée à Paris, devant un cercle de femmes, avait fait faire d'abord secrètement, puis ouvertement, des essais, et la potasse était entrée, d'une manière officielle, dans la toilette de la Parisienne, de ces années.

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Mercredi 8 juillet.—Je vais passer ma journée chez Alphonse Daudet, à Champrosay, le pays affectionné par Eugène Delacroix.

Il habite une grande maison bourgeoise batit dans un petit parc minuscule à la dix-huitième siècle. La maison est égayée par un enfant intelligent et beau, sur la figure duquel, se trouve, joliment mêlée, la ressemblance du père et de la mère. Il y a encore là, le charme de la mère, une femme lettrée, toute effacée dans une ombre de discrétion et de dévouement. On dirait que tout s'est réuni, pour enfermer entre ces quatre murs, cette bienheureuse sérénité bourgeoise des bourgeois, et cependant transperce, par moments, sous la gaîté et la gentille griserie des paroles, un peu de la mélancolie qui habite tout atelier de la pensée.

La journée est accablante de chaleur. Les persiennes fermées, on esthétise dans la pénombre, on cause, procédés, cuisine de style. Là-dessus, Daudet se laisse aller à me parler de la prose, des vers de sa femme. Mme Daudet veut bien me lire une pièce de vers, où des fils dispersés d'un col, qu'elle vient de broder en plein air, la poétesse imagine un nid, fait par les oiseaux du jardin. Cela est tout à fait charmant. Une femme seule pouvait le faire, et je l'engage à écrire un volume, où sa préoccupation soit de faire avant tout, une œuvre de femme.

Elle est vraiment très extraordinaire, Mme Daudet. Je n'ai jamais rencontré un être, homme ou femme, qui ait si bien lu qu'elle, un lecteur qui connaisse aussi à fond les moyens d'optique et de coloration, la syntaxe, les tours, les ficelles de tous les militants de l'heure présente.

Le soleil tombé, l'on monte en canot, et le long de la rive, une ligne à la main, l'on disserte et l'on esthétise encore, dans les menaces d'un orage et les roulements du tonnerre.

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Samedi 11 juillet.—L'envie, et l'envie du haut en bas de la société, c'est la grande maladie nationale. J'ai eu un parent très riche et très avare, qui aurait donné de son argent, et pas mal, pour voir tomber du ministère Lamartine, qu'il ne connaissait pas du tout.