Ce parent, était le représentant de la grande bourgeoisie française, qui souffre des poèmes créés par le poète, des victoires gagnées par le général, des découvertes mises au jour par le savant. Car, en effet, toute la notoriété, tout le retentissement, tout le bruit glorieux qui se fait en France autour d'un nom français, semble se faire au détriment de tous les Français.

A toute affirmation d'une supériorité, chacun en France jaunit un peu, et chacun sent l'ictère rongeur, mordre à son foie jaloux.

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Mercredi 15 juillet.—Je pars pour le lac de Constance, pour Lindau, où de Behaine m'a offert l'hospitalité, dans la villa Kallenberg.

Je suis dans un compartiment britannique, et je vois, au même moment, sept anglais remonter leurs montres. C'est fait d'une manière si mécanique, si automatique, que cela me fait presque peur, et que je me sauve dans un autre compartiment.

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Samedi 18 juillet.—Villa Kallenberg. Ce pays est vraiment charmant. C'est au milieu de montagnes bleues, une petite mer ayant le clapotement des vagues et la brise du soir d'un océan,—d'un océan en miniature, que les Allemands appellent la mer de Souabe. L'eau est claire d'une clarté légèrement savonneuse, et la terre est l'amie des essences rares, des arbustes à fleurs, des arbres au feuillage pourpre, au feuillage panaché, et cette verdure et cette floraison poussent dans l'eau.

Puis ici, le paysage a une luminosité particulière. Des reflets de cette étendue immense d'eau, comme des reflets d'un miroir frappé de soleil, la rive, les arbres, la villa, sont tout brillantés des éclairs d'une lumière courante.

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Dimanche 19 juillet.—Hier, le comte de Banneville prenait sa place, à l'Hôtel de Bavière de Lindau, pour le souper. Deux Allemandes surviennent. Le garçon d'hôtel leur indique leurs places, à côté du jeune secrétaire d'ambassade: «Près d'un Français, nous ne voulons pas être empoisonnées!» s'écrie tout haut, l'une d'elles en français. Et ces femmes étaient des femmes de la société.