Cette brutalité, peut mieux que toute chose, indiquer l'exaspération haineuse de l'Allemagne pour la France.

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Mardi 11 août.—Le jeune comte de Balloy est venu passer deux ou trois jours ici, avant de se rendre en Perse, où il est nommé second secrétaire. Il a passé trois ans en Chine, et en cause très intelligemment.

Il est quelque peu bibeloteur, et très amusant à entendre raconter la fabrication toute primitive des émaux cloisonnés. La carcasse de la pièce faite, les cloisons soudées, l'ouvrier, sur le pas de sa porte, a devant lui un plat de feu, une espèce de four de campagne, dans lequel il cuit et recuit l'émail, une trentaine de fois, soufflant son feu, à grands coups d'éventail. La fabrication se fait presque avec les doigts, aidés de deux ou trois petits méchants instruments, et sans plus d'appareil et de dépense d'établissement que cela.

Il dit que la lucidité des cloisonnés chinois tient à ce que tout l'intérieur des cellules, avant que l'émail y soit versé, est argenté: les arêtes extérieures étant dorées après la finition de la pièce.

Il me donne ce détail curieux, que les collectionneurs chinois n'exposent jamais leurs objets d'art.

Là, l'objet d'art est toujours enfermé dans une boîte, dans un étui, dans un fourreau d'étoffe, et presque caché dans quelque coin du logis. Le collectionneur chinois le possède, pour en jouir, et s'en délecter, lui tout seul, la porte fermée, dans une heure de repos, de tranquillité, de recueillement amoureux. S'il le fait voir, cela se passe à peu près ainsi: il invite un ami, un collectionneur comme lui, à prendre une tasse de thé. Et tout en humant l'eau odorante, il s'échappe à dire: «Au fait, je me suis procuré un beau morceau de jade!» Et le voilà, tirant lentement de sa boîte, son bibelot, le faisant tourner et retourner sous les yeux de son ami, lui en détaillant les beautés.

Et après que tous deux l'ont admiré longuement et secrètement, notre collectionneur fait rentrer le bibelot dans sa boîte, et la boîte dans sa cachette.

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L'abbé de Lansac parlait hier d'un prêtre, d'un chanoine de Notre-Dame,—je crois que c'est l'auteur de l'HOMME D'APRÈS LA RÉVÉLATION—qui, ennuyé du temps qu'il fallait donner au manger, et un peu dégoûté de la matérialité de la chose, s'était fait fabriquer des sucs de viandes, des essences de légumes, du sublimé d'aliments, dont il se nourrissait, sous la forme immatérielle de quelques gouttes prises dans un flacon. Malheureusement, au bout de quelques années de ce régime, l'estomac et les entrailles de ce mangeur spiritualiste, se resserrèrent de telle sorte, qu'il manqua mourir.