Dimanche 23 août.—Sur le bateau de Romanshorn à Lindau, j'étudiais une allemande dînant, dont le profil, à tout moment, se penchait, de bas en haut, vers un voisin, en de bestiales coquetteries. C'était une créature blonde et bovine, avec des tons d'ambre dans le lait de sa chair, des sourcils fauves, de longs cils roux, faisant comme un battement d'ailes de guêpes, au-dessus de la pâmoison de son regard. J'ai vu rarement un appel à la braguette, avec une telle cochonnerie de l'œil, une telle appétence suceuse des lèvres.
Le sensualisme de la femme allemande a quelque chose, en style noble, du rut de Pasiphaé.
… Décidément les voyages, ne sont qu'une suite de petits supplices. On a, tout le temps, trop chaud, trop froid, trop soif, trop faim, et tout le temps, on est trop mal couché, trop mal servi, trop mal nourri, pour beaucoup trop d'argent et de fatigue.
En raison du pittoresque prévu, que l'Europe peut vous offrir, ça n'en vaut vraiment pas la peine.
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Lundi 24 août.—Ce soir, Mme de Behaine définissait admirablement le goût de toilette de l'ancienne parisienne. «Être bien chaussée, bien gantée, avoir de jolis rubans: la robe n'était qu'un accessoire» disait-elle.
J'ajouterai que c'était aussi une toilette, dans les nuances douces, dans une tonalité discrète. Le voyant, le coup de pistolet dans l'habillement de la femme, est une victoire du goût étranger, du goût américain sur l'ancien goût français.
————Dans le monde, il y a tout à redouter des hommes aux idées libérales et aux habits de coupe cléricale.
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Mercredi 2 septembre.—L'anniversaire de la défaite de la France prend, cette année, en Bavière, un caractère religieux. En ce jour, nous rappelant Sedan, j'ai vu, avec le soleil levant, arriver dans le jardin, le père et la mère Kallenberg, qui, avec des gestes de pontifes, ont hissé le pavillon aux couleurs allemandes. Puis cela fait, ils ont fait joindre religieusement leurs mains à leurs trois petits enfants, qui ont entonné un hymne de guerre contre nous.