Pendant que l'exécration de notre pays devient un culte, qu'elle se glisse dans la prière de l'enfant d'outre-Rhin, en France qui se souvient? qui prévoit ce que nous réserve cette jeune génération?

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Jeudi 3 septembre.—Départ de Lindau pour Paris, par Constance, Schaffouse, Bâle.

J'ai vu peu de femmes si studieusement occupées du bonheur de leurs maris, que la femme de mon ami. La préoccupation de faire à son pauvre homme la vie douce, d'écarter tout ce qui peut mettre un nuage sur son front, de lui donner le plat qu'il aime, de lui sauver le désagréable d'une nouvelle, de défendre enfin, à toute heure, son système nerveux des mauvaises choses physiques et morales, dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Il y a là, certes, une qualité délicate de dévouement particulière à la femme, et que l'homme ne possède jamais d'une manière si réglée, si continue, si persistante.

Je pensais, en vivant au milieu de ce ménage, que l'amour d'une honnête femme pour son mari, est encore ce qu'il y a de meilleur en fait d'amour.

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Dimanche, 13 septembre.—Auteuil. Je vague au milieu de mes livres, sans les ouvrir, de mes dessins et de mes fleurs, sans les regarder. Les attaches qui existaient en moi pour toutes ces choses, me font l'effet d'être cassées. Ma maison même ne me semble plus être pour moi, ce qu'elle était, il y a six mois. Je ne jouis pas d'y être. Je ne sais quelle indifférence de mourant m'est venue, avant l'heure. Autrefois un désir, une ambition, une espérance me sortaient, un jour, violemment de cet état d'âme.

Aujourd'hui, je sens qu'il n'y plus rien au monde, que je me donnerais la peine de désirer, d'ambitionner, d'espérer, de rêver. J'en suis arrivé à ce détachement de la vie militante, où dans le dernier siècle, un homme, comme moi, s'enterrait dans un couvent: un couvent de Bénédictins.

Mais le régime de la liberté a tué ces retraites pour les blessés de la vie.

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