Il est intéressant à entendre et agréable à regarder, ce Claude Bernard! Il a une si belle tête d'homme bon, d'apôtre scientifique. Puis il a encore un: «On a trouvé» un on si distingué, pour parler de ses propres découvertes.

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Vendredi 4 décembre.—Aujourd'hui, après avoir déclaré de Lindau à Chennevières, que je n'entendais nullement travailler pour sa commission, je trouve poli d'y faire acte de présence, pour lui rendre une visite. Je tombe au milieu de ce monde commissionnant, rangé autour d'une table verte, sous laquelle mon ami disparaît presque dans l'affaissement de son corps. Il est question d'une exposition à Paris des principaux tableaux des musées de province, et voilà qu'en pensant que les importants tableaux de l'École française du XVIIIe siècle qui sont à Angers et ailleurs, pourraient bien être oubliés, je me laisse fourrer dans la sous-commission de l'Exposition.

En sortant de là, je vais dîner chez Pierre Gavarni. C'est gentil un jeune ménage, dans un appartement qui n'est pas complètement meublé, dans un intérieur où le tapissier n'a pas posé le dernier clou, et où le premier enfant apparaît à l'état de ronde bosse. Ce petit ménage a le débraillé et la grâce d'un ménage d'étudiant.

Pierre Gavarni me raconte qu'il a vendu mille francs ses aquarelles du salon, me montre des croquis de la vie élégante parisienne, qu'il est en train d'exécuter pour un journal, qui doit de se fonder, me parle avec une certaine fièvre de son désir de faire de l'eau-forte.

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Mardi 8 décembre.—Dans ce moment, c'est pour moi un intérêt de voir se métamorphoser en livre, ma laide et incorrecte écriture, d'assister à la jolie et proprette matérialisation d'une chose intellectuelle.

Ce sont d'abord des placards, encore humides, et à la fois recroquevillés et boursoufflés, se répandant sur toute ma table, au sortir de l'enveloppe: de grands morceaux de papier noircis d'un vilain imprimé, et n'ayant encore rien d'un volume. Puis viennent les premières feuilles, où ma pensée est dans le cadre d'une page, mais encore dansante, et toute pleine de maculatures et de grosses fautes bêtes, puis enfin se succèdent les secondes, les troisièmes feuilles, où peu à peu, dans le nettoyage spirituel et matériel, m'apparaît le livre qui sera mon livre.

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Mercredi 9 décembre.—Ce soir, en fumant, les invités de la princesse causent d'une actrice de la Comédie-Française, quand tout à coup le vieux Giraud dit: