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Mardi 28 février.—Impossible de rendre la tristesse ambiante, qui vous entoure. Paris est sous la plus terrible des appréhensions, l'appréhension de l'inconnu.

Mes yeux aperçoivent des faces pâles dans des voitures d'ambulance: ce sont les blessés du pavillon de Flore, qu'on déménage à la hâte, pour que le Roi Guillaume puisse déjeuner aux Tuileries.

Sur la place Louis XV, les villes de France ont la figure voilée de crêpe. Ces femmes de pierre, avec la nuit de leur visage, dans le soleil et le clair jour, font une protestation étrange, lugubre, fantastiquement alarmante.

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Mercredi 1er mars.—Maudit Auteuil! Cette banlieue aura été privée de communication avec le reste de Paris, saccagée par les mobiles, affamée, bombardée, et elle aura encore la malechance de l'occupation prussienne.

Ce matin, Paris n'a plus sa grande voix bourdonnante, et le silence inquiétant des heures mauvaises est tel, que nous entendons sonner onze heures, à l'église de Boulogne.

L'horizon est comme vide, comme inhabité. On n'a encore vu que quelques ulhans, fouillant, avec toutes sortes de précautions, le bois de Boulogne.

Puis, dans ce grand silence de tout l'espace, commence à s'élever sourdement le bruit mat et lointain des tambours prussiens, qui se rapprochent. Je ne sais, mais ma porte s'ouvrant et donnant passage à ces Allemands, les maîtres de mon foyer pour quelques jours, cette perspective me fait souffrir, ainsi que d'un mal physique.

C'est maintenant comme un tonnerre, le roulement des voitures et des équipages militaires prussiens. De mon jardin, à travers la grille, j'aperçois deux casques dorés s'arrêter devant ma maison, et en la regardant, un moment hacher de la paille… ils passent.