* * * * *
Vendredi 24 février.—Aujourd'hui m'est revenu comme un goût de littérature. J'ai été mordu, ce matin, de l'envie d'écrire: LA FILLE ÉLISA, ce livre que nous devions écrire, lui et moi, après MADAME GERVAISAIS. J'ai jeté quatre ou cinq lignes sur un morceau de papier. Cela deviendra peut-être le premier chapitre.
* * * * *
Dimanche 26 février.—Pourquoi ces nuits tressautantes? Pourquoi toujours ces douloureux cauchemars? Pourquoi, dans mes rêves, toujours recommence la maladie de mon frère? Recommencement impitoyable et tuant, qui, dans mon sommeil, s'accidente de toute l'horreur des cas, que nous avions lus ensemble, dans les traités de médecine, pour nos livres.
On annonce que les Prussiens nous occuperont demain. Demain nous aurons l'ennemi chez nous. Dieu préserve à jamais la France des traités diplomatiques, rédigés par des avocats.
* * * * *
Lundi 27 février.—Quelque chose de sombre, d'inquiet, est sur la physionomie parisienne; on y sent la préoccupation anxieuse, douloureuse de l'occupation.
Sur la place de l'Hôtel-de-Ville, au fond, près la rivière, tambour en tête, et des bouquets d'immortelles à la boutonnière, défilent des gardes nationaux avinés qui saluent le vieux monument du cri: Vive la République!
La rue de Rivoli, une foire de tous les produits, imaginables, étalés sur le trottoir, pendant que les voitures de la mort et du ravitaillement se croisent sur la chaussée:—les corbillards et les camions de morue séchée.
Il y a une grande ironie, une ironie divine, qui semble se plaire à faire mentir les programmes humains. En ce temps de suffrage universel, de conduite des affaires et de gouvernement du pays par tous les citoyens, jamais, jamais, la volonté d'un seul, qu'il soit Fayre ou Thiers, n'aura disposé plus despotiquement des destinées de la France, et dans une ignorance plus entière de tous ses citoyens, sur tout ce qui se passe, sur tout ce qui se fait en leur nom.