* * * * *
Mardi 16 mai.—Aux Tuileries, dans l'allée qui regarde la place Vendôme, des chaises jusqu'au milieu du jardin, et sur ces chaises des hommes et des femmes qui attendent tomber la colonne de la Grande Armée… Je m'en vais.
Cette garde nationale! elle ne mérite vraiment ni clémence ni merci. Aujourd'hui, ce qui reste de la Commune, du Comité de Salut Public, serait remplacé par dix forçats bien avérés, bien connus d'elle, qu'elle exécuterait servilement, et sans une protestation, leurs décrets de bagne.
… Quand je repasse, à six heures, dans les Tuileries, là où fut le bronze, autour duquel s'enroulait notre gloire militaire, il y a un vide dans le ciel, et le piédestal tout plâtreux montre, à la place de ses aigles, quatre loques rouges flottantes.
Sur les visages, comme l'annonce d'un événement heureux. On murmure chez les marchands de tabac que le drapeau tricolore flotte sur la porte Maillot.
Je regarde, à la lueur du gaz, de magnifiques photographies, représentant les ruines des maisons de Saint-Cloud, me demandant si la mienne ne figurera pas dans la suite de cette galerie.
* * * * *
Mardi 17 mai.—Je suis réveillé par une voisine d'Auteuil, venant m'apprendre qu'un obus a démoli, hier, une fenêtre de ma maison. Le bombardement redouble. Aujourd'hui, dans Paris, grand mouvement d'artillerie et de camions de vin, annonçant une action prochaine.
Les boutiques se ferment, l'une après l'autre, et par les vitres de la porte sans volets de celles qui ne sont pas fermées, vous apercevez, sur une chaise, l'affaissement et les bras tristement pendants du boutiquier désœuvré.
Devant le rapprochement des obus, les Guignols réfugiés au bas des Champs-Elysées ont décampé, emportant, avec Polichinelle, le joli rire des enfants, qui vous distrayait de la canonnade.