C'est toute la nuit, dans les ténèbres que font les arbres, sous un ciel sans lune, dans l'apparence trouble des paysages endormis, à la marge d'une eau à peine distincte de la terre, une promenade aventureuse et tâtonnante, à travers les saules et les troncs d'arbres contre lesquels on butte, au milieu de fossés ou l'on dégringole,—soutenus dans notre fatigue, par la passion de la pêche et l'attrait de la contravention.

Il y a, dans le noir de cette nuit, un mystère des choses qui vous fait cheminer, comme dans du vague, avec autour de vous un doux silence, dans lequel on perçoit le clapotement de l'eau, le flafla mouillé du filet qu'on ramasse, les querelles à voix basse des deux pêcheurs, le bruit englobant de l'épervier dans l'eau, qui s'argente un moment. Du vague dont le mot de Grou-Grou: «Ça toque!» vous sort soudain.

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Jeudi 27 juillet.—La supérieure de l'hôpital disait à ma cousine, que les officiers prussiens avaient pour leurs soldats malades, pour leurs soldats blessés, des soins de femme, des soins de mère.

Les paysans à nombreuse famille, ont de leurs enfants la notion diffuse, qu'un lapin peut avoir de sa portée. L'un disait: Est-ce bien six ou sept que nous ayons? Un autre, s'embarrassant dans les morts et les vivants, ne pouvait se rappeler s'il en avait eu quinze ou dix-huit.

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6 août.—C'est particulier comme dans les actes de la vie, que je rêve la nuit, notre fraternité ne s'est pas dissoute! Il est toujours là, prenant la moitié dans les faits de mon existence imaginative, comme s'il vivait toujours.

Je remarque à propos de l'absinthe bue hier soir,—j'avais déjà fait la même observation à l'occasion du Porto,—je remarque quelle réalité aiguë ces liqueurs opiacées mettent aux créations fantaisistes du sommeil, et comme les bizarreries qu'elles enfantent, se passent au milieu d'impressions, d'émotions d'une vie presque plus vivante, d'une vie presque plus sensibilisée, que celles de la vie éveillée.

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Jeudi 10 août.—Retour de Bar-sur-Seine à Paris.