* * * * *

27 août.—J'ai couché hier, et je passe aujourd'hui la journée à Saint-Gratien. Maintenant, ici, la conversation se traîne, coupée par de longs silences. Dans sa position actuelle, la princesse n'a plus sa liberté de parole, ces emportements éloquents, ces rudes coups de boutoir, ces portraits griffés d'une griffe originale. Près d'elle, on sent bien, à un froissement de robe, à un mouvement des pieds, à une révolte du corps, que l'indignation lui monte à la gorge et est prête à jaillir, mais aussitôt elle ferme les yeux, et semble endormir dans de la somnolence ses colères.

Dans la journée arrivent quelques amis, les Benedetti, Dumas fils, etc., etc. L'on va sans but à travers le parc, dans une promenade qui conduit à la fin sous un plein soleil, à la ferme, où l'on cause de la Commune.

Eudore Soulié, le dévot de Louis XIV, nous fait, indigné, le tableau de Versailles, ainsi qu'il est habité à l'heure présente. Dans les appartements du Grand Dauphin, de Louis XV, de Marie-Antoinette, logent un Dufaure, un Larcy, souillant ces domiciles historiques de leurs bourgeoises tables de nuit et de leurs bidets égueulés, Quant aux petits appartements de Mme du Barry, ils servent à Mme Simon, pour repriser ses bas.

* * * * *

15 septembre.—Bar-sur-Seine. Une douzaine de jours de chasse. Des coups de soleil, des courbatures, et un très médiocre plaisir.

A garder pour une étude provinciale, le souvenir du Pinchinat. C'est une ruelle bordée de grands murs, où s'ouvrent des portes de granges; au milieu, un bâtiment a l'aspect d'une vieille geôle, avec sa porte couverte de gros clous, avec sa baie fermée d'épais barreaux. C'est l'ancien Grenier à sel, dont le crépi, encore imprégné de filtrations salines, est becqueté, toute la journée, de pigeons voletants.

* * * * *

Jeudi 21 septembre.—Brisé de fatigue, et accablé par un temps d'orage, j'avais jeté mon fusil, et je m'étais couché au pied d'un bouquet d'épines, se tordant au haut d'une petite montagne.

Je regardais, les yeux demi-fermés, le ciel noir, et l'horizon cahoteux, déjà sombré dans la pluie. Les engouffrements du vent rabattaient le bouquet d'épines sur ma tête, et la lumière écliptique, et le paysage ardu, et l'électricité de l'air, et la tourmente de ces branches égratignantes, me donnaient comme la sensation d'un monde inconnu, d'un monde primitif, d'un monde, semblable à ce monde d'avant le déluge, dont les lectures de ces jours-ci m'avaient rempli la tête.