PRÉFACE

La vérité, que personne ne veut ou n'ose dire, je cherche, de mon vivant, à la dire un rien, en attendant que, vingt ans après ma mort, ce journal la dise tout entière.

Voici donc un premier volume d'une seconde série du JOURNAL DES GONCOURT (1870-1890) racontant le Siège et la Commune. Il sera suivi, si Dieu me prête vie, de deux autres.

EDMOND DE GONCOURT.

Auteuil, juin 1890.

JOURNAL DES GONCOURT

ANNÉE 1870

Dimanche 26 juin[1].—Bar-sur-Seine. Les endroits, où il y a de ma vie d'autrefois, ne me parlent plus, ne me disent plus rien de neuf aujourd'hui,—ils ne font que me faire ressouvenir.

[Note 1: Mon frère était mort à Auteuil, le 20 juin.]

Dans cette maison, où nous avons été toujours deux, par moments, je me surprends à penser à lui, ainsi que s'il était vivant, ou du moins j'oublie qu'il est mort; et il y a certains coups de sonnette, qui me remuent sur ma chaise, comme si la sonnette était agitée par les retours hâtés de Jules, jetant, dès la porte, à la domestique: «Où est Edmond?»