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Jeudi 30 juin.—Je suis si malheureux, qu'il y a comme une émotion de la sensibilité de la femme autour de moi. L'aimable lettre que celle de Mme***… et l'ineffable tendresse qu'elle m'apporte à travers la personne de Jésus-Christ.

J'ai un souvenir que je ne peux chasser. J'avais un moment imaginé de le faire jouer au billard. Je voulais le distraire, et ne faisais que le supplicier. Un jour, où la souffrance sans doute l'empêchait de s'appliquer, et qu'il ne faisait que queuter, je lui donnai un petit coup de queue sur les doigts: «Comme tu es brutal avec moi!» me dit-il. Oh! la note à la fois douce et triste de ce reproche, je l'ai toujours dans l'oreille.

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3 juillet.—Un récit de guerre. Le capitaine de vaisseau Bourbonne contait, hier, que dans une batterie de Sébastopol, un canon ayant une roue qui tournait mal, par suite du recul de la pièce à chaque tir, il avait commandé à un soldat de marine qui desservait la pièce, de graisser la roue. Il n'y avait pas de graisse là, il fallait en aller chercher. Le soldat de marine, sans dire un mot, s'empara d'une hache, fendit le crâne d'un mort encore chaud, prit sa cervelle dans ses mains, et plaqua simplement la cervelle du mort sur le moyeu de la roue.

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10 juillet.—Nous allons à Juilly pour une adjudication, et nous dînons chez le curé.

Un logis de curé joliment documentaire.

Une petite cour resserrée par un bûcher, aux bûches disparaissant sous les porte-bougies et les dais en feuilles de chêne artificielles, qui servent aux grandes cérémonies de l'église. Une salle à manger, où se voient la lithographie de l'Assomption de Murillo, des vases à fleurs, tout cassés, vieux rebuts de l'autel, une cafetière en plaqué, don des paroissiens. Un cabinet de travail, entouré de planches peintes en noir, chargées de gradus de collège, de livres de théologie poudreux, avec, sur une chaise, un tableau de mathématique, avec, au mur, une chronologie: une grande image, où du sein d'une femme sort un arbre, dont les rameaux portent, au milieu de guirlandes de lauriers, les médaillons des rois de France,—le tout encadré dans une bande d'étoffe à losanges rouges et blancs.

La chambre à coucher a des rideaux de cotonnade jaune, d'affreux rideaux œillet d'Inde. Il se trouve dans un coin un orgue mélodium; une lithographie coloriée de la «Vierge à la chaise» remplace la glace; sur une table est posée la calotte du curé, entre des petits morceaux de papier bleu, des étoiles d'argent, des paquets de ficelle rose, et sur la table de nuit, sont ouverts les CHANTS DE MARIE avec la musique de l'abbé Lambilotte.