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15 septembre.—Rue de Vannes, et dans tout le quartier haillonneux, marmiteux, marmailleux, aux portes des allées, des conciliabules de femmes coléreuses ou dolentes, s'entretenant de l'appel fait par toutes les mairies aux hommes libres.
Devant une maison en construction, les maçons rentrent les plâtras, en disant que demain ils ne travailleront plus.
Le palais du Sénat, les portes grandes ouvertes, montre aux yeux de qui y pénètre, son raide et solennel mobilier rouge au bois blanc et or, semblable à une salle de spectacle du premier Empire, retrouvé dans le vide d'un palais abandonné, après une représentation de Talma.
Sous les galeries du Luxembourg, bourdonne l'impatience des étudiants, attendant les journaux du soir.
Sur les boulevards extérieurs, la rencontre des mobiles, revenant avec des souliers jaunes et les couvertures de la distribution, et des deux côtés, entre des murs de planches, le parquage de grands bœufs étonnés.
Sur le chemin qui passe derrière le Marché aux chevaux, des blouses lisent le journal au gaz des réverbères, et le gaz des arrière-boutiques des marchands de vin, montre les consommateurs faisant l'exercice, commandés par le gros homme du comptoir.
Chez Burty, un jeune journaliste raconte qu'il vient de voir vendre, rue de Turenne, des lapins au boisseau, et bientôt se met joliment et spirituellement à blaguer l'héroïsme à venir,—et lui, qui est tout prêt à se faire tuer,—à blaguer même le patriotisme de ses propres articles.
La blague, toujours la blague! c'est de cela que nous mourrons, plus que de toute chose, et je suis flatté d'avoir été le premier à l'écrire.
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