Là-dessus une sortie de Nefftzer contre le journalisme et les journalistes. Il est devenu complètement apoplectique, et sa parole tudesque, comme étranglée d'enragement, par moments, aboie contre l'ineptie, l'ignorance, les bourdes de ses confrères, qu'il accuse d'avoir fait la guerre, et qu'il accuse de l'avoir rendue si fatale.
Ici Hébrard réclame le silence, et tirant de sa poche un papier: «Écoutez, messieurs, ceci est une lettre du mari d'une femme connue, demandant la croix, lettre dans laquelle il invoque comme titre, son cocuage, oui, messieurs, «son cocuage et des malheurs domestiques qui appartiennent à l'histoire.»
Un rire homérique accueille la lecture de cette supplique bouffonne.
Mais aussitôt le sérieux de la situation ramène les dîneurs à se demander, comment vont se conduire les Prussiens à notre égard. Il y a ceux qui croient qu'ils déménageront les musées. Berthelot a peur qu'ils emportent le matériel de notre industrie. Ce dire conduit, je ne sais par quel chemin, la conversation à une grande discussion sur les matières colorantes, et sur le rose turc, d'où elle revient au point de départ. Nefftzer, contrairement à tout le monde, prétend que les Prussiens voudront nous étonner par leur générosité, leur magnanimité. Amen!
En sortant de chez Brébant, sur le boulevard, le mot capitulation, qu'il eût peut-être été dangereux de prononcer il y a quelques jours, est dans toutes les bouches.
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Mercredi 25 janvier.—Plus rien de ce ressort, de cette agitation fébrile qu'avaient, ces jours-ci, les allants et les venants. Une population, lasse et battue de l'oiseau, qui se traîne sous un ciel gris, où tombe, de seconde en seconde, un lourd flocon de neige.
Il n'y a plus de place pour les absurdités de l'espérance.
Des queues s'allongent à la porte des marchands, de la seule chose qui reste à manger, à la porte des chocolatiers. Et l'on voit des soldats, tout glorieux d'avoir conquis une livre de chocolat.
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