Elle a le front petit, étroit, bombé, les sourcils forts, un peu plantés au hasard et se reliant à travers le haut du nez, le nez fin de ligne, mais canaille, mais ayant, au bout, le retroussement faubourien, la bouche petite, avec des fossettes aux coins, quand elle rit, les dents qui sont blanches, séparées comme si elles étaient limées, les pommettes pareilles à des pommettes fardées avec de la brique, d'un rouge qui annonce un mauvais estomac, se nourrissant de cochonneries, la peau épaisse et tiquetée sur un fond de hâle, une peau restée une peau de campagne, en dépit de toute la parfumerie parisienne. Elle porte rebroussés et relevés très haut, des cheveux bouffants et pommadés qu'on sent gros, et qui lui donnent l'air de ces femmes coloriées dans de petits cadres peints couleur d'or, et qu'on gagne aux macarons. Dans cette femme rien de laid, mais tout, bas de race et de troisième catégorie.
Elle est le matin, en jupe noire, en camisole blanche avec dessus un fichu jaune, le terrible fichu de la fille soumise,—souvent les pieds nus dans ses pantoufles.
Elle dit agréiable, se coucher à bonne heure, un homme veuve. Elle donne poliment et humblement du Monsieur à tout le monde. Elle appelle son amant: petit homme.
Elle n'a nul besoin d'impressionner, nul désir de toucher, nulle ambition d'occuper un homme. Aucune coquetterie chez elle. Elle a l'amabilité banale, et pour ainsi dire publique, de la femme qui ne s'appartient pas.
Elle a voulu, pour boire à table, avoir un litre, et ne boit qu'au litre, parce que cela lui rappelle son enfance, où elle allait tirer le vin au tonneau.
Elle a par moments des absences, qui ressemblent à l'endormement d'un paysan conduisant une charrette, les yeux ouverts.
Elle dort beaucoup le jour et la nuit. Dans la soirée, à la première chandelle qu'elle voit allumée, il faut qu'elle se couche, disant: «Si j'étais riche, j'apprendrais à ne pas dormir le soir!» Elle fait des siestes de «bestiau», pendant les chauds midis. Par exemple, le petit jour l'éveille et la voit trôlant dans sa chambre ou cousant dans son lit.
Est-elle par hasard dehors, la nuit venue, elle vous dit de cligner des yeux, pour voir, dans la lune, «Judas avec son panier de choux».
Elle monte, en promenade, sur les cerisiers, pille les petits pois crus; sa seule passion est la salade.
En parlant, elle s'adresse de l'oeil à la domestique qui sert. Elle va toujours à l'inférieur, et glisse toute la journée à la cuisine, tout en étant très sensible à quelqu'un de noble, à du papier armorié, etc., etc. Au théâtre, elle croit que les grands acteurs sont ceux qui jouent les Rois.