Toujours de bonne humeur, sans nulle susceptibilité, elle a seulement, par les temps lourds et orageux, le grognement d'un enfant qui a envie de dormir.

L'homme ne lui tient pas compagnie, il lui faut, ainsi qu'à toute femme qui a passé par la communauté féminine, la société de créatures de son sexe.

Elle est insexuelle. Elle ne s'adresse par rien aux sens de l'homme. Autour d'elle pas la moindre molécule de volupté. Dans sa bouche hardie et libre, jamais aucune allusion aux choses d'amour. Rien du manège coquet, excitant de la femme. Il semble qu'en sortant de la chambre de son amant, elle y laisse son sexe comme un outil de travail.

Nulle pudeur. Elle urine debout à la façon les animaux, et devant vous.

Elle m'a conté son histoire. Elle est du Morvan, près de Château-Chinon.

Une enfance de petite paysanne pillarde et voleuse. Ses parents la croyaient possédée. Pour se punir elle-même, quand elle avait fait quelque chose de mal, elle allait embrasser les latrines… puis recommençait…

Vers les douze ans, elle tombe en puissance d'une tireuse de cartes du pays, une ci-devant vivandière, parcourant le Morvan, en quêtant avec une besace et un panier. Alors la petite dévalise ses parents pour se faire dire la bonne aventure. Lard, salé, farine, tout y passe. Elle se rappelle avoir donné une fois quinze livres de lard pour obtenir le grand jeu, et la sorcière lui prédit qu'elle aurait sept enfants, qu'elle irait sept fois à Paris, et qu'elle mourrait à trente ans. Mais le vol des quinze livres de lard se découvrait, et elle recevait pour tous ses vols une fessée aux orties, qui lui couvrait le derrière de camboules.

Puis à quelques années de là, la voilà dans une petite ville, au comptoir d'un café, où venaient tous les gens du Tribunal. Le procureur du roi l'enlève, l'amène à Autun dans un hôtel, et l'y enferme sous clef, avec un domestique à sa porte, pendant ses absences. Mais un beau jour, à ce qu'elle raconte, elle dévisse avec un couteau la serrure de sa chambre, et file avec 800 francs, à Paris, où elle arrive si neuve, que le cocher qui l'amène à l'hôtel, lui demandant un pourboire, elle le remercie en lui disant: «Merci, je n'ai pas soif!»

* * * * *

20 juin—Nous faisons notre rentrée à Paris par le dîner Magny, ce dîner dont l'INDÉPENDANCE BELGE a parlé l'autre jour, ainsi qu'on parlerait des soupers du baron d'Holbach.