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2 octobre—Au passage Mirès, je regarde un éventail en dentelle, qui représente, sur cette toile d'araignée, des colombes becquetant des tulipes: un éventail à la monture de nacre, légère comme la dentelle. Cet éventail m'a révélé tout à coup le procédé pour faire un roman qui me tracassait depuis longtemps: le roman d'amour distingué de la femme comme il faut.
J'ai pensé, en voyant cet éventail, à faire une collection de toutes les élégances matérielles, morales, sentimentales de la femme d'aujourd'hui, et la collection faite, de bâtir mon roman idéal avec le dessus du panier des réalités chic.
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—Maintenant que le haut du pavé appartient aux gniafs, aux pignoufs, à des canuts de Lyon devenus millionnaires, à des grands coulissiers de la coulisse, les choses n'ont plus besoin d'être fines, d'être délicates, d'être exquises, il ne leur faut plus que l'apparence de la richesse et de la cherté. Voilà l'explication de l'exécrable nourriture, à l'heure présente, des grands restaurants de ce temps.
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—Quelqu'un me racontait, qu'une de ses parentes ayant été nommée dame d'honneur d'une princesse, sous Louis XVI, le jour où elle entra en charge, la dame d'honneur qu'elle remplaçait, lui demanda si elle avait fait sa toilette, et sur son étonnement, lui révéla le secret du mot. Toute dame tenue à un service de cour, prenait, avant de le commencer, un, deux, trois lavements, tant qu'il en fallait enfin, pour n'être plus distraite de son service, de toute la journée.
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12 octobre—Nous lisons aujourd'hui, quelques chapitres de notre GERMINIE LACERTEUX à l'éditeur Charpentier.
A l'endroit où Germinie raconte qu'en arrivant à Paris, elle était couverte de poux, Charpentier nous dit qu'il faudra mettre «de vermine» pour le public… Au diable ce public, auquel il faut cacher le vrai et le cru de tout! Quelle petite-maîtresse est-il donc, et quel droit a-t-il à ce que le roman lui mente toujours… lui voile éternellement tout le laid de la vie?