… Elles sont généralement bien portantes, le visage plein, le teint un peu bis, ayant à la fois de l'aspect de la nonne et de la convalescente d'hôpital. Toutes ou presque toutes ont la tête carrée, des têtes de volonté et d'endurcissement, de mauvaises têtes de paysannes—et déprimées d'une manière curieusement uniforme. Je n'y ai pas vu une jolie figure, un visage intéressant. Ce monde aux yeux renfoncés, est dur, concentré, avec un tas de choses amassées sous l'ensevelissement des traits. Toutes, quand on passe au milieu d'elles, restent penchées sur leur tâche, la physionomie fermée. Il semble qu'il y ait un mur entre votre regard et elles. Leur visage ne dit, n'exprime rien; on sent qu'il fait le mort.

Êtes-vous passé, et vous retournez-vous? vous voyez les yeux lentement se soulever, et l'on se sent dans le dos, jusqu'à la porte, les regards de toutes ces femmes dardés sur vous, en une curiosité méchante.

… Le directeur m'entretenait des ruses de ces femmes, murées dans le silence, des ruses pour correspondre entre elles, d'une lettre d'amour envoyée à une compagne par une lesbienne, qui en avait découpé les lettres dans le PATER et l'AVE d'un livre de prières, et les avait cousues ensemble sur un bout de chiffon.

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29 octobre.—Un détail curieux donné par Edouard sur la répulsion, l'épouvante produite par le zouave sur l'imagination allemande.

Danremont, l'attaché plénipotentiaire près le roi de Hanovre, promenait un jour son fils, habillé en zouave. Le roi de Hanovre, qui est aveugle, entend le rire de l'enfant, se le fait amener, le prend dans ses bras, puis soudain, à un mot dit par son aide de camp, le laisse brusquement retomber à terre. L'aide de camp venait de dire au Roi en quoi l'enfant était habillé.

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Paris 1er novembre.—En passant devant la fontaine Saint-Michel, devant ces monstres bourgeois, les monstres de la Chine et du Japon me reviennent dans la pensée. Quelle imagination dans l'hybride. Quelle invention, quelle poésie horrifique dans ces fantaisies animales. Les beaux hippogriffes de l'opium! Quelle ménagerie diaboliquement fantastique, faite d'accouplements insensés, extravagants et superbes.

Mais aussi pourquoi demander des chimères à des membres de l'Institut. Ils ne fabriqueront jamais que les monstres du récit de Théramène, le vrai monstre au goût de la France classique et tragédique.

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