En cherchant son roman, il a découvert un pêle-mêle de papiers, curieusement documentaires, et dont il a commencé une collection!
C'est la confession autographe du pédéraste Chollet, qui tua son amant par jalousie, et fut guillotiné au Havre: une confession pleine de détails intimes et furibonds de passion.
C'est la lettre d'une fille d'une maison de prostitution, offrant toutes les ordures de ses tendresses à un souteneur.
C'est l'autobiographie d'un malheureux qui, à trois ans, devient bossu par devant et par derrière, puis dartreux à vif, et que des charlatans brûlent avec de l'eau-forte, puis boiteux, puis cul-de-jatte, le récit sans récrimination, et terrible par cela même, d'un martyr de la fatalité, —morceau de papier, qui est encore la plus grande objection, que j'ai rencontrée dans ma vie contre la Providence et la bonté de Dieu.
Et nous plongeant dans les abîmes de ces cruelles vérités, nous nous disons la belle publication à faire pour des philosophes et des moralistes, d'un choix de documents pareils, avec pour titre: ARCHIVES SECRÈTES DE L'HUMANITÉ.
A peine nous sommes-nous promenés cette nuit, avant de nous coucher, un petit moment, dans le jardin: le paysage avait l'air d'un paysage en cheveux.
* * * * *
2 novembre.—… Nous demandons à Flaubert de nous lire quelques-unes de ses notes de voyages.
Il nous déroule ses fatigues, ses étapes forcées, ses dix-huit heures de cheval, ses jours sans eau, ses nuits dévorées d'insectes, les duretés incessantes de cette vie plus dures encore que le péril journalier… et brochant sur le tout une terrible dyssenterie. Toute la journée, il nous en lit de ces notes, et à la fin de cette journée, entièrement chambrée, nous avons la fatigue de tous les pays parcourus et de tous les paysages dépeints.
Comme repos, c'est coupé de pipettes, que Flaubert brûle vite, et de dissertations littéraires, et de thèses tout à fait en opposition avec la nature de son talent, et d'opinions de parade et de chic, et de théories assez compliquées et assez obscures, sur un beau, non local, non spécial, un beau pur, un beau de toute éternité, un beau, dans la définition duquel il se perd et s'embrouille, mais dont il s'esquive assez spirituellement par cette phrase: «Le beau, le beau… c'est ce par quoi je suis vaguement exalté!»